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Luna.
Le vent d’Ouest souffle sur la côte bretonne, repoussant la plage de sable vers les terres, coiffant les hautes herbes des dunes de son peigne invisible. Une petite maisonnette abritant une famille de pêcheurs somnole encore en ce milieu de nuit, toutes lumières éteintes, bercée par la mélodie doucement amplifiée de quelques ardoises mal fixées. Elle protège aussi le sommeil de deux parents et de leur petite fille, dormant, si étonnant soit-il, plutôt profondément en cette nuit liant un samedi à un dimanche. Les amants entrelacés, sont unis dans leurs songes par la tranquille sérénité qu’ils partagent, allongés qu’ils sont, leurs corps embrassés sous le halo de la lueur des astres.
La petite, enveloppée sous sa couette à l’effigie de la mer, rêve de princesses, de dragons et de ces dangers que papa lui lit quand il rentre chaque vendredi après une longue semaine d’absence. Derrière la porte de sa chambre, son lit est recouvert de la bienveillance lunaire, ce rayon qui, à l’occasion d’un ciel dégagé, se révèle source de lumière à l’étrangeté grise surprenante. Cerise, car c’est son nom, s’emmitoufle aussi fortement que possible dans la chaleur de son propre corps, en une position fœtale des plus attendrissante. Elle resta immergée dans cette demi conscience jusqu’aux frémissements de l’aube, encore très obscure, réveillée soudain par une envie des plus désagréable, celle d’aller au petit coin.
Elle s’assit sur le bord du sommier de son lit, les yeux à demi ouverts, enfila ses belles charentaises jaunes et ouvrit la porte de sa chambre, la couette apposée sur le dos. Nul besoin de presser l’interrupteur du couloir, la lumière de la nuit enfermée jusque là dans sa pièce se libéra tout d’un coup, prenant subitement le maximum d’espace disponible. Ainsi guidée par la bonté de la lune, Cerise tâtonna encore à moitié avant que sa main ne rencontre la poignée de la porte de la salle de bain. Au seuil, elle laisse tomber sa cape de duvet d’oies et referma derrière elle.
Le bruit de l’eau du robinet chanta dans les canalisations, petit résonnement sourd, presque inaudible en journée, mais que le silence de la nuit transformerait presque en une nuisance brutale. Elle ressortit, se prit quelque peu les petons dans la couette restée sur le passage, et tout en la ramassant, elle traîna ces même petits pieds jusqu’à son lit, se recouchant confortablement dans le reste de la chaude empreinte que son corps avait laissé sur le matelas, comme un nid où il fallait vite revenir. Bien vite ses paupières d’enfants se refermèrent à l’invitation d’un ultime passage du marchand de sable.
Les couleurs de l’aube étaient quasiment unies dans le ciel de ce début de jour, et Papa ouvrit un oeil, alerté par la chanson des vieux tuyaux de cuivres qui passaient dans la chambre conjugale. Il embrassa sa femme qui conserverait le sommeil encore un peu de temps. Lui, se leva, comme accompagné par le coq qui chantait le crépuscule de la nuit et se pencha encore une fois pour embrasser langoureusement son épouse, avant de descendre vers la cuisine. Derrière la porte qu’il ferma sans bruit, elle s’installa à la place de son mari en une roulade. Le nez plongé dans son coussin, l’odeur de cet homme, que son cœur avait élu dix années auparavant, nourrissait cette allégresse matinale de femme heureuse, satisfaite de ce cadeau du destin.
Papa attendit une heure, préparant le petit déjeuner des deux femmes de sa vie et il monta les marches de l’escalier, ouvrit délicatement la porte. Il s’arrêta net, le plateau en mains, en contemplant d’un sourire évocateur, sa petite Cerise installée sur le ventre de sa mère, les yeux clos, caressée par l’amour de Maman.
JUmo.
Le vent d’Ouest souffle sur la côte bretonne, repoussant la plage de sable vers les terres, coiffant les hautes herbes des dunes de son peigne invisible. Une petite maisonnette abritant une famille de pêcheurs somnole encore en ce milieu de nuit, toutes lumières éteintes, bercée par la mélodie doucement amplifiée de quelques ardoises mal fixées. Elle protège aussi le sommeil de deux parents et de leur petite fille, dormant, si étonnant soit-il, plutôt profondément en cette nuit liant un samedi à un dimanche. Les amants entrelacés, sont unis dans leurs songes par la tranquille sérénité qu’ils partagent, allongés qu’ils sont, leurs corps embrassés sous le halo de la lueur des astres.
La petite, enveloppée sous sa couette à l’effigie de la mer, rêve de princesses, de dragons et de ces dangers que papa lui lit quand il rentre chaque vendredi après une longue semaine d’absence. Derrière la porte de sa chambre, son lit est recouvert de la bienveillance lunaire, ce rayon qui, à l’occasion d’un ciel dégagé, se révèle source de lumière à l’étrangeté grise surprenante. Cerise, car c’est son nom, s’emmitoufle aussi fortement que possible dans la chaleur de son propre corps, en une position fœtale des plus attendrissante. Elle resta immergée dans cette demi conscience jusqu’aux frémissements de l’aube, encore très obscure, réveillée soudain par une envie des plus désagréable, celle d’aller au petit coin.
Elle s’assit sur le bord du sommier de son lit, les yeux à demi ouverts, enfila ses belles charentaises jaunes et ouvrit la porte de sa chambre, la couette apposée sur le dos. Nul besoin de presser l’interrupteur du couloir, la lumière de la nuit enfermée jusque là dans sa pièce se libéra tout d’un coup, prenant subitement le maximum d’espace disponible. Ainsi guidée par la bonté de la lune, Cerise tâtonna encore à moitié avant que sa main ne rencontre la poignée de la porte de la salle de bain. Au seuil, elle laisse tomber sa cape de duvet d’oies et referma derrière elle.
Le bruit de l’eau du robinet chanta dans les canalisations, petit résonnement sourd, presque inaudible en journée, mais que le silence de la nuit transformerait presque en une nuisance brutale. Elle ressortit, se prit quelque peu les petons dans la couette restée sur le passage, et tout en la ramassant, elle traîna ces même petits pieds jusqu’à son lit, se recouchant confortablement dans le reste de la chaude empreinte que son corps avait laissé sur le matelas, comme un nid où il fallait vite revenir. Bien vite ses paupières d’enfants se refermèrent à l’invitation d’un ultime passage du marchand de sable.
Les couleurs de l’aube étaient quasiment unies dans le ciel de ce début de jour, et Papa ouvrit un oeil, alerté par la chanson des vieux tuyaux de cuivres qui passaient dans la chambre conjugale. Il embrassa sa femme qui conserverait le sommeil encore un peu de temps. Lui, se leva, comme accompagné par le coq qui chantait le crépuscule de la nuit et se pencha encore une fois pour embrasser langoureusement son épouse, avant de descendre vers la cuisine. Derrière la porte qu’il ferma sans bruit, elle s’installa à la place de son mari en une roulade. Le nez plongé dans son coussin, l’odeur de cet homme, que son cœur avait élu dix années auparavant, nourrissait cette allégresse matinale de femme heureuse, satisfaite de ce cadeau du destin.
Papa attendit une heure, préparant le petit déjeuner des deux femmes de sa vie et il monta les marches de l’escalier, ouvrit délicatement la porte. Il s’arrêta net, le plateau en mains, en contemplant d’un sourire évocateur, sa petite Cerise installée sur le ventre de sa mère, les yeux clos, caressée par l’amour de Maman.
JUmo.

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