
L’hypocrite est le mal.
Nouveau jour, nouvelle occasion de contempler le soleil, roi de l’aube toujours renaissante. Paris s’éveille, grouillante de petits hommes verts, non pas extra-terrestres, mais de simples Hommes chargés de conserver ou de renouveler la salubrité et l’élégance de la ville. 7h30, la chaleur montre son voile, comme un bénéfice attendu des oublieux d’écharpes, en cet automne dans lequel se succèdent vagues de froid et périodes de douceur.
Depuis la terrasse couverte d’un café situé à l’angle de la rue de Reuilly et du boulevard Diderot, un jeune homme contemple la fourmilière de l’heure de pointe, agitée, immergeant de la terre au rythme de l’arrivée des rames de métro. Il boit un café, le premier d’une longue série, à défaut desquels le sommeil s’immiscerait bien vite dans ses pensées. Assis, il attend que la tasse se refroidisse du liquide trop chaud dont elle est remplit. Dans la matinée il doit rejoindre un ami habitant dans le 7e arrondissement, mais pour l’instant l’heure est trop matinale pour déranger une fin de nuit peut-être difficile ou mouvementée. Le rendez-vous a été fixé en milieu de matinée, aux alentours de 9h. Le planning de la journée n’a rien d’excentrique, une après-midi entre potes à prendre des photos et discuter de leurs vies ou de tout sujet passant par la tête. Quoique, son ami ne soit pas bien bavard, tout immergé dans le bonheur qu’il est, il écoute bien plus qu’il ne parle.
Il se décide à régler la note des deux cafés qu’il vient d’avaler, à sortir du bar et à descendre les marches le menant dans les souterrains du métro, toujours perdu dans ses pensées, bercé par une douce musique émanant de son baladeur. Santana, ambassadeur aux origines mexicaine de mélodies pleines d’entrain et qui lui donnerait presque le sourire niais d’un enfant.
Une petite demi-heure suffit à joindre les deux étapes du trajet. Il n’aime pas tellement la foule, pourtant omniprésente à Paris, se sentant comme étouffé par le cynisme et l’impolitesse de gens, qui, prit individuellement se révèlent souvent bien plus sociable. Il se sentirait presque seul à vouloir être lui même, s’efforçant de rester souriant, poli et courtois, qu’importe les situations. Il pressent que la banalité de la journée va l’épuiser, accompagnée des bousculades et de l’aigreur des Hommes, toujours grandissante au fil du temps.
Installé dans le premier métro, debout, se tenant à une barre verticale traversant toute la hauteur du wagon, il chercha du regard deux petits écriteaux. Il avait remarqué l’apparition de ces petites pancartes, à chaque bout de voiture, sur lesquelles la RATP avait eu l’idée majestueuse de reprendre des vers de poèmes ou de courts extraits de nouvelles ; écrites par de grands noms de la littérature ou des auteurs peu connus, voir inconnus. Qu’importe, il passait un temps relativement concis, mais emplit d’une sympathie attachante à lire ces lignes éphémères, auxquelles peu de gens devait accorder de l’importance.
La station d’arrivée approchait et il descendit finalement au terme des trois minutes le séparant du dernier arrêt. Il monta les marches, et de nouveau, il se retrouva à l’air libre. Enfin libre… Disons plutôt que l’air lui sembla échanger la poussière des galeries souterraines pour la pollution extérieure, ainsi que le ronronnement du passage des trains pour celui de la circulation. Mais l’atmosphère reprit tout de même cette fraîche caresse que le mois de novembre offrit à ses joues, rosies pour l’occasion. Le bol d’air avalé goulûment, il traversa deux passages piétons, tourna à l’angle d’une rue et commença à filer tout droit, guidé par le souvenir du chemin à suivre.
Devant lui, à une trentaine de mètres, était un banc, sur lequel un homme semblait avachi, la tête courbée vers le sol. Tout en s’approchant pas à pas, le jeune homme amorça ce qui allait devenir un « bonjour ». Le casque sur les oreilles, il vit néanmoins l’homme relevé la tête et amorcé une réponse. Ne comptant pas s’attarder, il continua deux ou trois pas avant de constater que celui-ci l’interpellait. Il décolla une oreillette, puis coupa finalement le son de la musique, tout en passant son casque autour de son coup. L’homme, tout en ayant relevé la tête, gardait cette position courbée vers l’avant et affichait un sourire jauni par l’âge et la consommation de tabac.
L’homme engagea la discussion en demandant au jeune homme si il avait un peu de temps à partager, à lui consacrer. Ce dernier, surprit par tant de simple gentillesse et étant comme à son habitude en avance pour son rendez-vous, décida de rester écouter ce que l’amabilité d’un vieil homme pourrait bien avoir à lui conter. Il se joignit à lui, en prenant place à ses côtés sur le banc et tendit l’oreille, prêtant grande attention au récit qui avait déjà commencé.
Le vieil homme semblait emplit de tristesse et d’amertume. Il s’intéressa tout d’abord au jeune homme au travers de questions dont la banalité des réponses engageait à passer sur les détails. Il continua en donnant son nom, Maurice Tiret, ancien soldat de l’armée française, dont l’âge était trahit par les cheveux grisonnant et des yeux pleins d’une lueur fatiguée par le temps. Et il raconta des brides de sa vie, dans un résumé apparemment affûté par les années d’isolement moral, mais transpirant une sincérité à l’odeur de chagrin. A 68 ans le passé de cet homme était marqué de la mort d’un fils, d’un passage en prison et d’une enfance violente dirigée par un père aux tendances alcoolisées, le tout bien sûr couvert d’une sauce solitude.
Il parla peut-être une dizaine de minute. Durant ce moment, le jeune homme écouta les différentes péripéties, recensées dans le silence de la rue par l’être qui se trouvait à coté de lui, le regard perdu dans ses douloureux souvenirs. Son esprit se figea sur cette impression de faire ce que les Hommes devraient faire plus souvent… Ecouter.
A 20 ans, il se trouva face à l’un de ces moment qui marque une vie, par la simplicité d’un événement aux allures bénignes, mais tellement inhabituel. Il en avait entendu des plaintes, les siennes, celles des autres. Toutes ces minuscules secondes passées à saisir les paroles de cet inconnu avaient effacé la gravité qu’il donnait à ses propres soucis, prenant soudainement la dimension d’une feuille tombée de l’arbre des ennuis.
Il l’écouta encore cinq petites minutes et au moment de se quitter, l’homme formula une demande qui tombait aussi inattendue que leur rencontre.
« Tu n’aurais pas 1€ pour la route mon ami ? »
C’est là, à cet instant, que la réalité du monde enlève son masque et affiche l’horreur de ses vérités. Un être démuni, mais souhaitant conserver un certain honneur, afin de sauver quelque peu la face, en arrive à concéder la seule chose qu’un Homme ne devrait jamais vendre, son Histoire.
Touché par tant d’humilité et ce si grand sacrifice, il ne fit pas la sourde oreille et donna ce que la jeunesse lui autorisa à avoir en poche, de bon cœur.
Comme un adieu solennel, l’ancien resta assis en remerciant par trop de mots ce moment partagé, opposition de générations qui offrit une plénitude et une agréable distorsion du temps ; l’un envahit par la platitude amère de son quotidien et l’autre profondément affecté par la misère des Hommes à feinter l’existence d’une telle détresse.
JUmo.
Nouveau jour, nouvelle occasion de contempler le soleil, roi de l’aube toujours renaissante. Paris s’éveille, grouillante de petits hommes verts, non pas extra-terrestres, mais de simples Hommes chargés de conserver ou de renouveler la salubrité et l’élégance de la ville. 7h30, la chaleur montre son voile, comme un bénéfice attendu des oublieux d’écharpes, en cet automne dans lequel se succèdent vagues de froid et périodes de douceur.
Depuis la terrasse couverte d’un café situé à l’angle de la rue de Reuilly et du boulevard Diderot, un jeune homme contemple la fourmilière de l’heure de pointe, agitée, immergeant de la terre au rythme de l’arrivée des rames de métro. Il boit un café, le premier d’une longue série, à défaut desquels le sommeil s’immiscerait bien vite dans ses pensées. Assis, il attend que la tasse se refroidisse du liquide trop chaud dont elle est remplit. Dans la matinée il doit rejoindre un ami habitant dans le 7e arrondissement, mais pour l’instant l’heure est trop matinale pour déranger une fin de nuit peut-être difficile ou mouvementée. Le rendez-vous a été fixé en milieu de matinée, aux alentours de 9h. Le planning de la journée n’a rien d’excentrique, une après-midi entre potes à prendre des photos et discuter de leurs vies ou de tout sujet passant par la tête. Quoique, son ami ne soit pas bien bavard, tout immergé dans le bonheur qu’il est, il écoute bien plus qu’il ne parle.
Il se décide à régler la note des deux cafés qu’il vient d’avaler, à sortir du bar et à descendre les marches le menant dans les souterrains du métro, toujours perdu dans ses pensées, bercé par une douce musique émanant de son baladeur. Santana, ambassadeur aux origines mexicaine de mélodies pleines d’entrain et qui lui donnerait presque le sourire niais d’un enfant.
Une petite demi-heure suffit à joindre les deux étapes du trajet. Il n’aime pas tellement la foule, pourtant omniprésente à Paris, se sentant comme étouffé par le cynisme et l’impolitesse de gens, qui, prit individuellement se révèlent souvent bien plus sociable. Il se sentirait presque seul à vouloir être lui même, s’efforçant de rester souriant, poli et courtois, qu’importe les situations. Il pressent que la banalité de la journée va l’épuiser, accompagnée des bousculades et de l’aigreur des Hommes, toujours grandissante au fil du temps.
Installé dans le premier métro, debout, se tenant à une barre verticale traversant toute la hauteur du wagon, il chercha du regard deux petits écriteaux. Il avait remarqué l’apparition de ces petites pancartes, à chaque bout de voiture, sur lesquelles la RATP avait eu l’idée majestueuse de reprendre des vers de poèmes ou de courts extraits de nouvelles ; écrites par de grands noms de la littérature ou des auteurs peu connus, voir inconnus. Qu’importe, il passait un temps relativement concis, mais emplit d’une sympathie attachante à lire ces lignes éphémères, auxquelles peu de gens devait accorder de l’importance.
La station d’arrivée approchait et il descendit finalement au terme des trois minutes le séparant du dernier arrêt. Il monta les marches, et de nouveau, il se retrouva à l’air libre. Enfin libre… Disons plutôt que l’air lui sembla échanger la poussière des galeries souterraines pour la pollution extérieure, ainsi que le ronronnement du passage des trains pour celui de la circulation. Mais l’atmosphère reprit tout de même cette fraîche caresse que le mois de novembre offrit à ses joues, rosies pour l’occasion. Le bol d’air avalé goulûment, il traversa deux passages piétons, tourna à l’angle d’une rue et commença à filer tout droit, guidé par le souvenir du chemin à suivre.
Devant lui, à une trentaine de mètres, était un banc, sur lequel un homme semblait avachi, la tête courbée vers le sol. Tout en s’approchant pas à pas, le jeune homme amorça ce qui allait devenir un « bonjour ». Le casque sur les oreilles, il vit néanmoins l’homme relevé la tête et amorcé une réponse. Ne comptant pas s’attarder, il continua deux ou trois pas avant de constater que celui-ci l’interpellait. Il décolla une oreillette, puis coupa finalement le son de la musique, tout en passant son casque autour de son coup. L’homme, tout en ayant relevé la tête, gardait cette position courbée vers l’avant et affichait un sourire jauni par l’âge et la consommation de tabac.
L’homme engagea la discussion en demandant au jeune homme si il avait un peu de temps à partager, à lui consacrer. Ce dernier, surprit par tant de simple gentillesse et étant comme à son habitude en avance pour son rendez-vous, décida de rester écouter ce que l’amabilité d’un vieil homme pourrait bien avoir à lui conter. Il se joignit à lui, en prenant place à ses côtés sur le banc et tendit l’oreille, prêtant grande attention au récit qui avait déjà commencé.
Le vieil homme semblait emplit de tristesse et d’amertume. Il s’intéressa tout d’abord au jeune homme au travers de questions dont la banalité des réponses engageait à passer sur les détails. Il continua en donnant son nom, Maurice Tiret, ancien soldat de l’armée française, dont l’âge était trahit par les cheveux grisonnant et des yeux pleins d’une lueur fatiguée par le temps. Et il raconta des brides de sa vie, dans un résumé apparemment affûté par les années d’isolement moral, mais transpirant une sincérité à l’odeur de chagrin. A 68 ans le passé de cet homme était marqué de la mort d’un fils, d’un passage en prison et d’une enfance violente dirigée par un père aux tendances alcoolisées, le tout bien sûr couvert d’une sauce solitude.
Il parla peut-être une dizaine de minute. Durant ce moment, le jeune homme écouta les différentes péripéties, recensées dans le silence de la rue par l’être qui se trouvait à coté de lui, le regard perdu dans ses douloureux souvenirs. Son esprit se figea sur cette impression de faire ce que les Hommes devraient faire plus souvent… Ecouter.
A 20 ans, il se trouva face à l’un de ces moment qui marque une vie, par la simplicité d’un événement aux allures bénignes, mais tellement inhabituel. Il en avait entendu des plaintes, les siennes, celles des autres. Toutes ces minuscules secondes passées à saisir les paroles de cet inconnu avaient effacé la gravité qu’il donnait à ses propres soucis, prenant soudainement la dimension d’une feuille tombée de l’arbre des ennuis.
Il l’écouta encore cinq petites minutes et au moment de se quitter, l’homme formula une demande qui tombait aussi inattendue que leur rencontre.
« Tu n’aurais pas 1€ pour la route mon ami ? »
C’est là, à cet instant, que la réalité du monde enlève son masque et affiche l’horreur de ses vérités. Un être démuni, mais souhaitant conserver un certain honneur, afin de sauver quelque peu la face, en arrive à concéder la seule chose qu’un Homme ne devrait jamais vendre, son Histoire.
Touché par tant d’humilité et ce si grand sacrifice, il ne fit pas la sourde oreille et donna ce que la jeunesse lui autorisa à avoir en poche, de bon cœur.
Comme un adieu solennel, l’ancien resta assis en remerciant par trop de mots ce moment partagé, opposition de générations qui offrit une plénitude et une agréable distorsion du temps ; l’un envahit par la platitude amère de son quotidien et l’autre profondément affecté par la misère des Hommes à feinter l’existence d’une telle détresse.
JUmo.

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