vendredi 29 décembre 2006

Fils d'un rêve.


Fils d’un rêve.



Nous voici en 1986, un 23 décembre, aux alentours des 16h20, un enfant vient de naître à l’hôpital Rothschild dans le 12e arrondissement de Paris. Un nouveau venu peuple cette partie de la planète, après un retard de quelques jours, où sa mère a dû lutter contre la douleur avec un acharnement mené par l’amour qu’elle porte au fruit de son union marital. Le petit Georges naquit en ce jour d’hiver, à l’approche de Noël. Son père posa les yeux sur ce que le temps mit de précieux entre ses mains. Il tint son fils, son seul enfant, à l’aube de ses 40 ans, comme un rêve devenu palpable dans ce monde d’artifices.

Georges fut élevé dans un univers sans excentricité, son père étant ouvrier dans l’usine qui se trouvait en bas de la tour qu’ils habitaient, au 3e étage, et sa mère secrétaire dans une société du nord de Paris, à la Défense. Pas de réelles privations, ils avaient un niveau de vie très correct, mangeant à leur faim tout les jours, l’appartement était confortable et le rythme de vie agréable. Georges commença par fréquenter l’école maternelle d’Artagnan, où il connu un ami qui vivait dans la même tour que lui, deux étages plus haut et chez qui il passait une grande partie de son temps libre à se chamailler et à rire. Il passa donc une bonne partie de son enfance à Paris, dans son quartier qui devait compter une dizaine de rue qu’il parcourait tout les jours. La maternelle, l’école primaire et le « square de la baleine » étaient situés dans une espèce de « bloc » qui marqua des heures de jeux, d’apprentissage, et surtout les années innocentes de son enfance.

Il n’aimait guère le sport en ce temps là, et la conjoncture des événements, comme les enlèvements d’enfants, liés entre autres à la pédophilie, donna lieu à des prises de décisions sérieuses de ses parents vis-à-vis de ses loisirs. Il se trouva donc confronter à l’amour que ses parents lui portait, même si pour cela il passait des journées entières dans un canapé à regarder la télévision et à s’empiffrer. Sans même le savoir son destin était lié à cette période de sa vie.

Les années passèrent, les conditions de travail évoluèrent dans le mauvais sens, les loyers augmentaient et les salaires ne suivaient pas cette tendance. C’est ainsi que dans sa huitième année, Georges changea d’adresse, d’école, et dit au-revoir à ses amis de Paris qui lui manqueraient à jamais. Il se retrouva à Créteil, non loin de la rue piétonne, à la limite de la vieille ville. Il fréquenta l’école primaire publique Victor Hugo, qui s’imposait d’elle même par la couleur de ses briques, de ses pierres, son grand hall carrelé de mosaïques et ses arbres que les yeux d’enfants rendent infiniment grands. Il n’aimait pas cette nouvelle page de sa vie, si ressemblante soit-elle à la première, il ne connaissait personne, et personne ne voulait le connaître. Il regardait toujours la télévision à longueur de temps, et l’école lui inspirait de moins en moins la joie du partage. Il s’enferma bientôt dans un monde, dans son monde, là où personne ne pourrait le déranger ni le décevoir. Il ne devint pas associable, ni renfermé, mais il avait ses idées et ses envies que personne ne comprendrait jamais.

Deux années passèrent et il se retrouva au collège, gué de l’existence d’un enfant, où on lui explique que dorénavant, c’est un vrai grand, comme à la maternelle, comme à l’école primaire. Mais ce nouvel environnement scolaire lui dévoila que les Hommes qu’il allait rencontré dans sa vie n’étaient et ne seraient pas tous aussi gentils et sociables que lui. C’est ainsi qu’un jeune enfant obèse et sans réel sens de la répartie, ne se montre plus sous son meilleur jour, mais affronte les ennemis de sa bienveillance les yeux dans les yeux, à l’aide de ses poings et de sa colère, en ce temps là infantile.

Un soir de novembre, il avait 10 ans, et un film culte changea sa vie, comme quoi même la télévision peut avoir un effet bénéfique sur la jeunesse. Ce film fait rire aujourd’hui par son scénario typiquement américain, où un homme seulement doté de son courage accomplit l’impossible. La star de cinéma Sylvester Stallone incarnant un boxeur dans « Rocky » changea littéralement les ambitions et les motivations de Georges, qui, depuis cet instant, où le générique eut finit de défiler sur l’écran, ne cessa de tanner son père matins et soirs afin d’avoir le droit de prendre des cours. Et le papa promit à son fils de retenir le projet si les notes du bulletin de Noël sortaient de l’ordinaire auquel ils étaient habitués avec sa femme. Il faut bien avouer que le coup de la carotte marcha plutôt bien. Georges se retrouva propulsé au rang de deuxième de la classe, chose si inhabituelle que son père fut partager entre le contentement de voir que son fils était capable, et le fait qu’il ne fournissait des efforts seulement dans un but précis. Finalement la joie l’emporta et ce grand môme qui mesurait presque 1m65 et pesait 80 kilos, fut inscrit au lendemain des vacances de Noël, marquant ses 11 ans, au club de boxe Française de l’USC, l’Union Sportive de Créteil.

Cet enfant dont la croissance n’était pas achevée, qui avait passé plus d’heures à accumuler les épisodes de dessins animés qu’à pouvoir jouer avec les gamins de l’école, se retrouvait à apprendre les rudiments d’un sport qui avait éveillé son esprit. Néanmoins les mois passèrent et les lacunes apparurent très vite. La boxe Française nécessite un bon contrôle de ses membres inférieurs, que ce soit pour les appuis, autrement dit la défense, ou l’attaque, à travers les différents mouvements de pivot entre le tronc et les jambes, jusqu’aux bouts des chevilles. La souplesse et l’aisance sur un ring sont primordiales, autant de qualités que Georges n’arrivaient pas à acquérir, du fait de son surpoids notoire, qui encombrait son souffle, ses articulations, et donc ses capacités à évoluer dans cette euphorie qui faisait que les petits Hommes en devenaient de grands, par la force que chacun possède, ou peut apprivoiser, la force physique. Il passait aussi le plus clair de son temps à s’entraîner contre des jeunes de deux à quatre ans plus âgés que lui, catégorie de poids oblige.
Des mois difficiles au bout desquels, le gamin atteignit le terme de sa douzième année d’existence, endurci par les heures de course à pieds imposées par son entraîneur, Carl Micken, un allemand de souche qui avait été un jeune champion, ralenti par la venue de ce que la majorité des Hommes appelle un heureux événement. Il passa donc une année à se prendre des coups plus qu’il n’arrivait à en donner.


Georges passa de tout au tout et son père l’inscrivit presque à contre cœur aux cours de boxe anglaise, car comme pour tout bon français moyen qui se respecte, l’anglais n’est pas apprécié, et ce dernier le lui rend bien.
Passer le cliché du conflit populairement « correct », il fallut un certain temps d’adaptation à notre jeune homme pour prendre de bons réflexes, et s’adapter aux bases de ce qui allait devenir le seul guide de sa vie, la boxe, descendante directe du pugilat.
Garder le poing gauche bien haut, prêt du visage au moment de balancer un « jab » ou un coup au corps, reprendre son souffle en alternant les esquives droite/gauche, en se mouvant, même lourdement, sur le ring, tel un ours blessé, épuisé mais continuant de lutter. Les footings organisés autour du lac de la base de loisir, les séances de tabassages du sac de frappes, à la limite de se rompre les doigts ou les poignets. Autant d’instants difficiles mais qui prenaient tout leur sens dans le partage des serviettes imbibées de sueur ou des vestiaires collectifs, d’où les rires se mêlaient aux cris de fatigue ou de douleur.

Il fut coupé dans son cursus scolaire et sportif par un événement de taille, ses parents décidèrent de déménager une nouvelle fois, mais beaucoup plus loin de Paris, mais aussi de Créteil, et par conséquent de ses amis du club. Il passa ce qui allait être sa dernière année dans la ville de Créteil à côtoyer le souvenir des premiers mois où il avait enfilé des gants. Il endura les coups, les assauts soudains et bruts de jeunes hommes taillés dans le muscle et l’agilité. En février 1999, il emménagea dans sa nouvelle maison, mais cette fois-ci une véritable, avec une pelouse qui semblait ne pas avoir de fin, une allée de pierres, et de grands arbres dénués de feuilles, majestueusement charismatiques.
Un nouveau rythme de vie, auquel tout homme prend vite goût, les nuits silencieuses, les gazouillis d’oiseaux se réveillant dès l’aube n’étant plus couvert par les moteurs d’automobiles ou de scooters. Autant de détails insignifiants, mais qui se dévoile au fur et à mesure que la tranquillité se montre au regard.

Georges tenta de rester dans l’univers de la boxe qui lui plaisait tant, mais les conditions avaient changées, de nouvelles dépenses, entre le crédit de la banque, les nouveaux impôts, la nouvelle école et finalement un tas de nouveaux soucis, il ne restait pas grand chose pour les loisirs. La boxe resta en suspend dans la vie du jeune homme, qui désormais était emprunte de bricolage journaliers, de réparations diverses, car la maison n’était pas neuve, il s’agissait d’une ancienne maisonnette de fermier, qui s’était vue juxtaposée d’autres pièces au fil des décennies. Le seul contact qu’il garda avec la boxe anglaise fut les courtes séances de sport au collège, durant les classes de 5e et de 4e, mais même si cela ne venait pas des professeurs ou des camarades, la boxe perdait de sa saveur, un sentiment d’abattement et de perte de temps l’envahissait à chaque « cours ». Manque de matériel, combiné à cet aspect négatif que les gens portent souvent à ce sport et un réel défaut de motivation des compères le mena à une baisse de courage et de patience. Il recommença naturellement à s’ennuyer de sa vie, jusqu’à son passage du collège au lycée.

Un caractère forgé dans l’acier qu’était devenu son esprit, Georges, à quatorze ans, atteignit les 1m80 et les 110 kilos à la balance. Les deux dernières années n’avaient pas été le fruit de la dépense physique, mais plutôt des moments de partage avec son père, qui lui apprit beaucoup de ce que pouvait être la vie des Hommes de petites fortunes. A son âge, il avait des notions de plomberie, de maçonnerie, d’électricité, de jardinage et de bricolage dans leurs généralités. Mais surtout il avait depuis longtemps acquis les principes de la mécanique, les mains noires de crasses sortis des vieux moteurs ronflants de sagesse.

Il passa sans réels problèmes dans la classe de seconde professionnelle qu’il avait choisi, même si à la surprise générale, surtout la sienne, il avait réussi à décrocher son diplôme du brevet des collèges. Il quitta le peu de connaissances qu’il avait de l’établissement d’enseignement secondaire, pour connaître de nouvelles têtes, de nouveaux défis, et surtout de nouveaux adversaires. Puisque comme il le savait depuis longtemps maintenant, la gentillesse et la discussion n’ont pas souvent de débouchés sur l’esprit des Hommes inspirés par l’hâblerie et la méchanceté. Il fallut donner du poing et de la rage pour instaurer cette tranquillité méritée, ainsi que le respect que chaque Homme réclame et qui ne vient malheureusement que peu souvent. Surtout lorsque le regard des autres jugeait que son obésité le rendait impotent, alors qu’il en était tout autrement, même si un certain handicap altérait il est vrai, ses capacités. Pour lui n’importait pas les coups reçus, les bleus au visage ou sur le corps, mais simplement ce sentiment de respect qu’il devait inspiré aux autres, comme pour montrer que ses aptitudes étaient loin de ce qu’elles laissaient paraître.

C’est donc par l’intermédiaire d’une brutalité notoire qu’il laissait la trace d’un jeune homme aux tendances décadentes, mais il ne devint pas fou, bien au contraire. Il réussit à s’inscrire aux cours de l’association sportive de son lycée. Tout les mercredi après-midi, pendant trois heures, il renouait avec les gants qui finissaient par ne faire plus qu’un avec ses mains, un casque qui l’encombrait plus qu’il ne le protégeait, et l’odeur de la sueur.

Paradoxalement à ces événement, il avait commencé à fumer la cigarette à la fin de sa onzième année, prit entre les abrutis qu’il tendait à imiter et cette foule de gens qu’il avait pu croiser et qu’il voyait la clope au bec. Cela n’avait pas l’air d’avoir une incidence quelconque sur leur vie, et pour lui, un môme, cela ne semblait pas être plus qu’un artifice, comme une jolie paire de chaussures ou un beau pull-over. Et puis même après avoir assisté aux séances de préventions de l’éducation nationale, il ne s’est pas vraiment rendu compte de l’avenir de ce vice. A l’aube de ses 17 ans il avait donc développé une force relativement au-dessus de la moyenne, mais aussi atteint le poids de 125 kilos, sans réellement s’être vu devenir ce qu’il regarda un matin, à 6h30 en se levant, comme le défi de sa vie. C’est de ce jour qu’il décida que sa volonté le démarquera à jamais de tout les autres Hommes. Et le véritable déclic ne fut pas son reflet, ou le dégoût qu’il lui inspira, mais l’envie d’enfin ressembler à une image que son ego respectera. Influencer non pas par la société et le dépit qu’elle inspire, mais vraiment pour que ce qu’il demande à son corps puissent ne plus jamais être refoulé. Courir, respirer, bouger, sans douleurs ou excès de fatigue, mais aussi s’habiller autrement, ne plus regarder les vêtements qui plaisent mais ne sont jamais disponible à la taille recherchée. Stopper les petites déceptions de la vie pour les remplacer par une grande et humble fierté.

Il engagea donc un processus, une sorte de métamorphose physique qui allait aussi déteindre sur sa vision de l’avenir, entrecoupée de péripéties que tout les Hommes rencontrent, et que les « savants » cachent derrière les mots « expérience de la vie ». Pendant un peu plus d’une année, il adapta son régime alimentaire quotidien à trois repas par jour, désormais vide de petits écarts que les pensées réclament mais dont le corps n’a nul besoin. Pas de médecin, pas de comité de soutien, personne, juste lui, son assiette, sa tête et sa détermination. Il ne s’était pas contenté de ralentir et d ‘équilibrer son alimentation, les nombreuses semaines furent accompagnées d’une séance journalière de course à pieds, seul remède efficace et totalement gratuit, sans effets secondaire autres que la satisfaction et le dépassement de soit.
Il ne se pesa jamais durant cette période, il attendit simplement de pouvoir enfin s’habiller à sa guise, et un jour il monta enfin sur une balance, affiné mais néanmoins musculairement diminué, pour voir le nombre 80 s’afficher.

Le voici à l’approche de ses 18 ans, content de l’étape qui est derrière lui, et conscient de celles qui s’approchent.
Les études furent finalement achevées dans la douleur d’une passade sentimentale, une période de sa vie qui resta à jamais dans sa mémoire, et le guida pendant toute une année sur le chemin de l’effort, dans le sillage de la colère. Comme une cible à atteindre, que son œil pouvait entrevoir, mais que son cœur pleurait, il coura prêt d’une heure par jour, à s’en rompre les chevilles, et commença une activité qui devint une échappatoire, une soupape d’où s’échappaient ses pensées les plus morbides ; la musculation. De ses 18 à ses 19 ans, il resserra les liens qu’il avait avec ses principes et ses envies, en se détachant du monde qui l’entourait. Il offrait son corps aux souffrances de contractions musculaires intenses prêt de trois heures par jour, samedi et dimanche compris. Les semaines passaient et ne laissaient aucunes traces. Enfermé dans la prison que son esprit avait conçu, il créa une atmosphère pesante autour de lui, préférant de lui-même ne pas en faire pâtir ses amis, il les écarta de ses sauts d’humeur.
Certains se scarifient, d’autres se suicident tout bonnement. Lui, avait choisi de passer outre la douleur et la souffrance du cœur. La tristesse et l’amertume au service de la détresse. Ces émotions, il en usa comme des outils, et tel le couturier qui met en forme de simples morceaux de tissus, il emprunta les aiguilles du temps afin de suturer les maux de son présent.

Âpre fut l’année qui s’écoula, et sans réellement s’en apercevoir, il réussi à sortir de la grotte obscure dans laquelle ses idées fustigeaient, pour enfin affirmer ce qu’il était devenu et ce qu’il songeait rester. L’anniversaire de ses 19 ans était déjà derrière lui depuis quelques mois, et même en communicant un maximum de choses, ou d’impressions avec ceux qui l’écoutaient, inconnus ou connaissances, il sentait toujours cette marge qui sépare ceux qui ont souffert des autres. Non pas qu’il se soit senti seul à avoir vécu des instants difficiles, mais plutôt qu’il eut l’impression d’être un des rares Hommes qui ne se soit pas contenter de vivre ces moments pour les raconter année après année, sans réellement comprendre que la faute n’est pas forcément issue de ceux qui nous entourent. Alors il parla mainte fois dans un vide de réflexion notoire, dans lequel il nageait seul, contre le courant de l’incompréhension et de l’égoïsme des Hommes d’aujourd’hui.

Il ne cessa pas de pratiquer ces séances de sport qui l’avaient tant aider à surmonter les pires épreuves qu’il lui eut été données de traverser. Toujours seul, il ne demandait cependant plus à ce que le Monde le laisse parcourir son temps, mais au contraire, il attendait quelque peu passivement, que devant lui se dessine un être qui lui communiquerait par un simple regard que dans la vie il n’était plus un insolite persuadé que rien n’est dû, sauf le respect.

Voici l’histoire courte d’une jeunesse d’Homme si simple d’esprit, qu’il ne comprenait pas la méchanceté et la vanité de l’Humanité à se placer au-dessus de principes et de morales qui font que les uns ne tuent pas les autres.

Le petit récit prend fin, mais le petit Homme continu son chemin, inaperçu des yeux du monde.


JUmo.

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