jeudi 25 janvier 2007

Et si la Lune avait des yeux.


Et si la Lune avait des yeux.


Une jeune femme avance pas à pas dans le sol poussiéreux d’une rue de Rome, elle marche doucement. Elle tient à la main un bâton, long et bien élagué, une branche de noisetier, souple et pourtant solide à la fois. Tout autour les gens produisent ce bourdonnement lourd d’une foule qui renaît chaque matin. Elle titube sur un caillou, que ses yeux ne peuvent voir, et que sa longue canne n’a pas rencontré. Elle s’arrête un instant et écoute. Dans un arbre, pas si lointain, un oiseau chante, si faiblement qu’il lui faut se concentrer pour décrypter sa mélodie. Un rouge-gorge lui semble-t-il.

La voilà repartie, de nouveau immergée dans le bruit alentour, concentrée sur la destination de ses pas, s’appliquant à produire de sa main des demi-cercles quasi parfaits, assurance éphémère de sa sécurité. Elle n’est pas loin d’arriver à destination, les échos ont changé et la ville se mue en différentes manières, les sons prennent en force selon si l’on se trouve en bordure du Colisée ou du marché, et se minimisent à l’approche d’un chemin longeant le Tibre.

Sa canne heurte une marche de grès, qu’elle enjambe délicatement, se retrouvant sur le parvis de l’entrée d’un édifice, que sa main reconnaît en caressant la porte de bois. Le lourd anneau d’acier résonne derrière le seuil, et quelqu’un vient lui ouvrir. Trois mots échangés et elle continue de traverser les couloirs, comme les rues de la ville, aider de sa baguette, mais à l’abris du capharnaüm externe. A l’intérieur, tout les sons ont une espèce de jumeau, qui se répète quelques fois avant de s’étouffer définitivement contre les murs épais de l’édifice.

Une autre porte s’ouvre devant elle, elle entre cette fois-ci dans une salle qui lui est toute réservée depuis bientôt cinq années. Un jeune homme l’y attendait, une plume à la main, affalé sur la table. Devant lui, un encrier de plomb et du papier. Il l’accueille d’un sourire qu’elle devine plus qu’elle ne le voit, et s’asseyant à ses côtés, ils parlent ensemble de la journée qu’ils se doivent de remplir.

Il est pour elle ses yeux et ses mains, habiles à écrire rapidement les pensées qui viennent à cette femme de dix-neuf printemps, chanteuse, poète, actrice au théâtre de Marcellus, compositrice de petit talent mais de grand cœur, comme disent certains spectateurs de la haute société. Tout ces métiers de la scène qui lui ont plu depuis le premier soir où elle s’était aventurée, par le plus grand des hasard, contre un mur du théâtre, juste sous une fenêtre qui laissait s’échapper un air délicat, émanant de la voix d’une femme.

Elle est pour lui, bien plus qu’un débit majestueux d’idées ou de paroles, elle est comme un soleil qui se lève inexorablement, comme un coq qui chante, ou comme la fleur qui renaît. Elle est la plus belle des femmes, non par sa beauté naturelle, ni par ses excès effrénés de gentillesse, mais simplement parce qu’elle combat nuit et jour la vie contre ce qui lui a été enlevé dès sa naissance, la vue. Il lui donnerait ses yeux, sa plume, sa vie.

Il lui raconta un jour ce dont peu de personnes parlent, les étoiles, la Lune, les comètes, le ciel de la nuit, aussi magnifique que la lumière de midi. Elle devint amoureuse de cette idée que la Lune est une surface ou ses pensées peuvent se regrouper, et d’où personne ne peut les décrocher. L’illustration parfaite d’un monde à sa portée. Et il n’est pas rare, qu’au soir venu, il se mettent tout deux à parler de la nuit. Parfois, il se lève, et ouvre alors la fenêtre, sans le lui dire, car elle le devine, par le courant d’air frais qui s’est immiscé le long de son cou. Elle lui demande de décrire, inlassablement ce qu’il voit, et lui, répète toujours les même mots : « Je vois les étoiles, un ciel sans nuages, une Lune qui brille, et je te vois, au travers de tout cela, t’élevée bien plus haut qu’elle ne le pourra jamais. »

Elle écoute ses mots et les boit, en conservant cet aspect stoïque, comme intouchable, sans y être indifférente. Il a apprit à être patient. Et c’est ainsi qu’ils retournent tout deux, à leurs écrits et leurs songes, dans le silence qui pèse pour lui, autant que sa cécité.

Certains êtres, les yeux ouverts, voient autant que l’aveugle qui se bouche les oreilles.


JUmo.2007

vendredi 19 janvier 2007

L'échappée.

Vie d’aujourd’hui.


Une soirée de plus, passée seul… Avec ma conscience, ma guitare, un livre, ou la télévision, chacun à leur tour, le dernier me servant souvent de marchand de sable.

La musique ?… Comme tout le monde, j’ai mes préférences, mais elle est devenue indispensable dans toutes mes occupations. Quand je bricole, rêve, m’endort. Et puis il y a les instants où je suis seul avec ma petite guitare, je bidouille des petits morceaux pas bien difficiles, cherche des mélodies inédites, de mon cru ou issues d’un mix’ entre une rythmique devenue trop difficile et un solo infaisable… A mon niveau d’amateur. Il m’arrive de ne pas jouer pendant plusieurs jours, elle m’attend sur mon lit, comme toujours.

La musculation ?… Un hobby… ?

Oui c’est peut-être plus qu’une occupation, mais j’ai canalisé ma rage et ma puissance dans ce sport. Ce qui était préférable à d’autres moyens « Défouloirs » beaucoup moins adaptés, dans l’optique de reprendre le dessus sur la mélancolie et la tristesse. Cela dit, à la vue de certaines personnes, les termes employés plus haut, de rage, et surtout puissance, sont extrêmement relatifs. Des Hommes pratiquant depuis, certes, plusieurs années ce sport, se montrent capable d’une énergie phénoménale. Je reste humble…
Ce passe-temps enferme pas mal de catégories de gens, se distinguant principalement les uns des autres par leurs aptitudes, ou bien par la motivation, la psychologie ou le simple courage. Deux types de « sportifs » se dégagent tout de même. Les sérieux et rigoureux, ceux qui ne trichent pas, à vouloir jouer contre le temps, par l’utilisation de produits annexes… Et il y a les impatients, ce sont les hommes qui se concentrent plus sur le moyen le plus rapide de prendre de la masse musculaire. Alors Ils finissent toujours par se blesser et finalement perdre un temps qu’ils auraient pu utiliser à être plus strictes avec eux mêmes. L’alimentation est la clef de tout.

La lecture ?… L’écriture… ?

Deux sauveurs à part entière, j’apprécie plus écrire que lire, mais il est plus difficile de rédiger.

J’aime caresser les pages des livres que je lis, sentir le papier sous mes doigts, ondulé et vieilli par le temps. Les vieux livres ont une âme. Ils ont été lus et relus par d’autres personnes avant vous ou moi.

Acheter en brocante ou dans des boutiques, librairies et dérivées, même si l’histoire ou le contenu a un rendu médiocre, et bien il est là entre vos mains et attend votre jugement. C’est seulement arrivé à la dernière ligne que vous déciderez de le garder ou de l’abandonner.

Votre esprit conservera dans un recoin, ces souvenirs des heures passées à décrypter et analyser les mots, expressions qui découlaient des pages d’un vieux livre.

Et là, ce qui restera de tout ces moments, la seule chose qui me revient, c’est que ce sont les livres et lectures qui m’ont aidé. La connaissance, l’évasion, se sentir un peu libre de toutes sensations humaines. Ces instants m’ont permis de me demander qui j’étais et pourquoi je suis ce que je suis.

Mes principes et idéaux me pèsent bien plus qu’il ne faudrait. Il n’est pas toujours si simple de les appliquer, les respecter.

Les Hommes sont ce qu’ils sont, je ne pense pas être meilleur qu’un autre, mais je sais qui je suis aujourd’hui, je ne joue pas avec la vie ou les sentiments.

L’intérêt que je porte à la lecture ou l’écriture me rappelle que mon passé n’est pas si ancien et la sagesse deviendra mienne lorsque j’accepterai le monde dans lequel je vis comme il est.

Un homme ou une femme qui pense pouvoir changer celui-ci tout seul passera son existence poursuivi par la déception.

Je songe parfois à écrire autre chose que mes pensées et ma philosophie, comme des nouvelles, empreintes de réelles histoires, captivantes et non pas à l’aspect pitoyable. Je ne suis pas un grand lecteur, j’aime lire, voilà tout.

Une espèce de pouvoir m’envahit quand je tourne les pages, quand je ferme mon livre en cours et que j’en regarde la tranche pour y voir le marque-page dépassé et me dire que je n’ai pas perdu mon temps.

Quelqu’un qui écrit, mérite d’être lu, dans la mesure de l’intérêt que vos goûts portent au sujet développé bien sûr.

Oui les livres, les feuilles, mes crayons et gommes m’ont aidé dans la découverte de qui je suis, ou du moins de ce que je veux devenir… Un homme que mon ego respectera et qui ne plaira jamais totalement à ne serait-ce qu’une personne, puisque la tolérance exprime aujourd’hui être du coté de ceux qui se plaignent au lieu de celui qui se tait et change.


JUmo. 2006.

vendredi 5 janvier 2007

Septième sens.


Septième sens.


Un homme, tout habillé de noir, ni grand, ni petit, les cheveux d’un brun foncé, les yeux troublés de fatigue, se dirige au gré de ses pas mal assurés dans une galerie marchande proche de chez lui. Toutes les vitrines sont obscures, les rideaux de fer clos. Il est tôt, la journée ne fait que débuter, et aujourd’hui il ne travaille pas. Le sommeil difficile, il s’était levé au beau milieu de la nuit, et en surfant sur l’Internet il avait atterri sur des pages web assimilées à des concours d’écriture.

Il y en avait des gratuits, d’autres payants, mais aussi certains à thème imposé, ou alors libre. Il ne s’était intéressé qu’aux sujets justement, attiré par la perplexité qu’ils pouvaient lui inspirer. Parfois de simples mots sur lesquels il faudrait que l’auteur brode toute une histoire, parfois des phrases entières, exigeant un contexte à l’aspect difficile.
Un de ces concours ne l’attira pas plus que cela aux premiers abords, mais il fût tout de même intriguer par le thème, qui lui donna matière à réflexion, sans intentions d’y participer ses cellules grises s’entrechoquèrent afin de trouver une trame, un semblant de début d’histoire, comme si elles le poussaient à cogiter ses idées, partagées entre le souffle du thème proposé et son imagination.

Il trottina encore quelques minutes avant de prendre finalement un bus qui l’emmena dans un quartier qu’il affectionnait pour sa tranquillité matinale, et paradoxalement pour son activité qui se réveille progressivement tout au long des premières heures de la journée. Il regarda autour de lui, dans le bus, quand il en descendit, il observait toujours son environnement, le regard attentif sur de petits ou de grands détails.
Le thème du concours courait inlassablement dans son esprit, à travers deux mots, comme l’air d’une chanson apparu soudainement que l’on fredonne contre toute volonté, refrain que l’on affectionne souvent pas tellement, mais qui persiste malgré toute envie.

« Ile, îles », comment créé une œuvre originale sur ce thème, sans pour autant tomber dans le plagia manifeste d’un « Robinson Crusoé » ou d’un crash en avion, dans lequel un homme fera, seul, face aux délires de la nature sur un lopin de terre désert ? Il y a aussi l’option du rêve, de l’imaginaire optimiste, inséré ses désirs dans la description d’un petit paradis façonné à l’image de ses sentiments.

Le voici qui entre dans une brasserie, il s’assit, commande un café et observe le flux de passants, de voitures, dehors, dans la rue qu’il perçoit par delà la baie vitrée. Il voit des Hommes grands, petits, maigres, énormes, à la peau noire, brune, blanche, et il les dévisage depuis sa chaise, inaperçu. Tous calqués sur ce chemin invisible, tracé sur le trottoir, comme si des flèches indiquaient la route à suivre sur le sol, ils ont, pour la plupart, les yeux rivés sur le goudron que foulent leurs pieds.
Une fourgonnette s’arrête brusquement sous son regard, détournant toute son attention sur le bruit strident du freinage, et sur la femme qui en sort en claquant la porte derrière elle. Une autre auto stoppe à la suite de la première, cette fois un homme en sort en criant sur la femme, qui manifestement l’attendait. Tout deux s’insultent d’un flot de mots quelquefois incompréhensibles, et lui, il boit son café en s’imaginant la scène qui avait dû se produire quelques minutes avant l’altercation en cours. Sûrement une priorité non cédée ou un acte de conduite similairement dangereux, ou peut-être même un accident à proprement parler.
Il se penche en restant assis, et constate que le feu arrière gauche de la camionnette est brisé ainsi qu’un peu de tôle légèrement enfoncée. La voiture a légèrement plus souffert du choc, un phare pend, une aile est complètement froissée, et le bouclier avant est détaché d’un coté, frottant à même la route.

Pendant quelques minutes, il les regarde donc passer de l’étape d’extériorisation de leur colère, à celle de la maîtrise de soit, en passant par de violents élans spontanés d’explications de la scène, chacun campant sur ses positions de bon conducteur. Il commanda un autre café, et détourna les yeux. Au delà de la porte, il vit un autre écoulement du temps, tout aussi paradoxal que son intérêt pour la tranquillité de l’aurore du quartier, et l’activité graduellement grandissante, le calme opposé à la foule.
Un autre homme et une autre femme ne criaient pas, ne faisaient pas de grands gestes, mais se considéraient avec grand respect, presque enlacés de leurs bras. Ils s’embrassèrent brièvement avant de se séparer, la femme prit le chemin fléché sur le goudron et l’homme la fixa peu de temps avant de s’en aller dans une direction différente.

Un sourire se glissa aux creux de ses joues, non pas surpris par ce qui par ce qui venait de se dérouler sous son regard, mais plutôt content de voir et d’espérer que pour chaque manifestation de la violence des Hommes, il existe aussi son contraire, l’illustration de l’humanité, en tant que qualificatif, par l’intermédiaire de ce genre de petits évènements, silencieux ou même inaperçus, mais néanmoins présents. Il but quelques gorgées, plongeant ses yeux dans le noir du liquide encore fumant, et il trouva enfin une idée qui collerait au thème, pouvant sûrement être développée par un volontaire, tout en émettant cette originalité recherchée par tout auteur comme un symbole d’identité littéraire.

Pourquoi ne pas confronter l’image de l’île, des îles, à celle de l’humeur changeante des Hommes ? Ou encore à leur conscience ? Car même si chaque personne réagit plus ou moins spontanément à une situation donnée, elle communique sans cesses avec son inconscient. Elle travaille à l’élaboration de projets, de la liste des tâches d’une journée, à l’envie générale, au désir de possession ou, plus explicitement, à la création d’un environnement où le corps et l’esprit peuvent se complaire.
Chaque Homme possèderait donc son île, sorte de monde créé à l’image des pensées de son propriétaire, et où lui seul peut totalement tout explorer, sans pour autant que cet univers soit clos. Ce serait une île sans autres limites que celles fixées par les principes ou les envies. Les lunatiques ( que nous sommes tous plus ou moins ) évolueraient tantôt dans un champs de coquelicots immergé par la chaleur d’un été vivace, tantôt dans les gris nuages d’un ciel d’automne, selon l’humeur.

Voilà un sujet intéressant à développer, mais il faudrait probablement plus que cette base pour décrire un raisonnement correct émanant de l’idée principale. Un amateur de philosophie s’en accommoderait. Un auteur capable de faire le discernement nécessaire à une écriture nette et bien illustrée par un vocabulaire aussi fourni que possible. D’un seul coup, il y pense, pourquoi l’auteur ne laisserait pas le lecteur songer à son île ? Mettre des bornes, tel un jeu de piste que l’esprit devrait suivre page après page, ligne après ligne, il n’y aurait rien de plaisant à se laisser guider par les envies, même bien écrites, d’une autre conscience que la sienne. Car pour cet homme assis sur une chaise, à boire un café dont la teinte vient de lui révéler de magnifiques pensées, chacun est philosophe, pour cet être, un Homme qualifié de philosophe n’est rien de plus qu’un esprit qui a prit le temps d’aplanir ses idées sur le papier, une sorte de penseur organisé.

Il parlera de tout cela à un ami, petit écrivain, attiré par l’écriture comme relaxante activité, qui ne suit ni tendance littéraire, ni désir obsessionnel de reconnaissance. Oui, lui saura créé un texte, aussi court sera-t-il, mais qui reflètera tout à fait le sujet et l’intrigue de ce qui vient de germer dans sa tête. Il lui confiera les petits détails, l’accident, l’embrassade et il le laissera faire passer par l’intermédiaire des mots ce message issu de la réflexion d’un Homme, appelant tout ses congénères à prendre le temps d’en faire autant. Il se leva, paya, et sortit souriant de sa matinée passée à réfléchir, satisfait de contribuer à l’expansion de son île.


JUmo. 2007

lundi 1 janvier 2007

Plaisirs charnels et sentiments.


Plaisirs charnels et sentiments, un choix à faire ?



Dans un monde emplit d’une tolérance étalée sur toutes les lèvres et une société immergée dans la corruption et le mensonge, deux « valeurs » prédominent, deux sujets controversés s’étalent sur toutes les lèvres : Le sexe et l’amour.

Tous autant que nous sommes, homme ou femme, qu’importe nos origines ou nos songes, nous avons été amoureux, envahis de cette allégresse qui pousse souvent à la folie, ou au chagrin. Mais par conséquent, nous avons aussi connu cette tristesse, suite à une rupture ou simplement parce que ce sentiment n’était pas réciproquement partagé.

Les uns se morfondent sur eux même, les autres accusent l’incompréhension sans même analyser les évènements qui ont pu les conduire à cette conclusion. L’orgueil remplace la réflexion, les mensonges et la mythomanie ont mis en place un état de fait dans lequel nous sommes tous installés. Il faut plaire, mais dans quel but ?

Les mœurs de la vie d’aujourd’hui, font que les Hommes ne retiennent qu’une chose, il faut être plus malin que son voisin. La perfidie a remplacé l’honnêteté, la violence des propos ou des gestes supplante la sincérité et la fidélité.

Un cercle vicieux s’est formé. Pour profiter de la vie, il faut emplir son cœur de regrets, mais toujours avancer, regarder devant soi. Cela a mené la catégorie d’Homme que nous sommes vers le dénigrement des valeurs sentimentales qui faisait que nous étions, avant tout… Humains. ( plus loin, qu’un mammifère à deux pattes … )

Ainsi, la société a mis le sexe a une place qui ne lui revient pas. Certes l’acte en lui-même amène vers un état second, un bien être quasi inimitable de l’âme et du corps, un des rares plaisir immuable de la vie. Mais parce que le sexe est un sujet qui émane de toutes les pensées, et que le peuple est devenu justement si instable et profiteur, devons-nous nous offrir comme un simple kleenex qui se jettera après usage ? Sous quel prétexte devons-nous céder notre humilité et notre honneur d’Homme à un peuple devenu quasiment nymphomane ?!

Oui, le sentiment amoureux est l’un des plus difficile à accueillir dans notre esprit, mais c’est aussi le seul qui vous offre la possibilité d’ouvrir votre âme et votre cœur à travers cette vie si difficile s’étalant devant nous. Les déceptions font, et feront encore très longtemps du mal à nos pensées, et nous devrions passer du coté du fléau que nous affirmons tous sous la forme de phrases aussi diverses que : « Putain, quel enfoiré celui-là, il m’a fais cocu… » ou bien encore « Maintenant, je profite de la vie, plus de sentiments … » ?

Non, maintenant je vais vous parler de mon propre avis en affirmant celui-ci en parlant à la première personne. J’ai des yeux pour voir et des oreilles pour écouter, et je déplore de voir que le pessimisme, d’une société devenue « jetable » jusqu’à nos sentiments, guident nos pas, et je refuse de me conformer à ce jeu qu’est devenu le partage de moments charnels, dénués de sens, de symboles. L’acte sexuel, au delà de l’aspect de continuité de la race humaine, est pour moi une preuve d’amour, de respect, de confiance.

Bien à vous, simples Hommes que nous sommes tous.


JUmo.

Emotions.


Emotions.


Réveillé, il écoute dans le noir ces chansons de ce nouvel artiste découvert cet après-midi.

Un anglo-saxon comme tant d’autres avant lui, mélangeant agréablement les mélodies à la guitare, les lignes de basse et les textes à consonance dramatique. Ces chansons qui font mal et réveille en lui la douleur. Trois minutes d’un chant, piste numéro 6, et dès la fin, il presse le bouton « repeat », afin de rester immergé dans cet hymne aux larmes.

Il ne dort pas, mais devrait s’être assoupi depuis déjà bien longtemps. Le jour qui arrive sera sûrement décisif quand à la mise en place de nombres de ses petits projets d’avenir, fruits de ce futur si incertain s’étalant devant lui.

Il semble être perdu entre ses envies et les réalités de ce monde. Il aimerait mourir, s’évanouir demain, afin qu’il se passe enfin quelque chose qui ne ressemblerait pas à ce qu’il vit aujourd’hui, ou ce qui se passait hier. Plus d’incompréhension, tout sera clair comme au commencement de toute vie.
Plus de but à atteindre, fini les déceptions, adieu à l’horreur de cette demi-conscience cohabitant avec son cœur depuis trop longtemps.

Il ne serait pas le plus heureux ?

Rien de plus vrai, mais il ne participera pas à ce suicide collectif de soixante-dix ou quatre-vingt années auquel nous vouons notre vie, en nous levant chaque jour, pour nous recoucher, fatigué et exténué d’une journée qui ne nous a finalement pas appartenue.


JUmo.

vendredi 29 décembre 2006

Chrysalide.


Chrysalide.


Un Week-end s’annonce toujours à la suite d’une semaine passée à attendre que les amis deviennent disponibles durant ces deux petites journées, ou bien comme celui de l’inconnu que je vais vous raconter…

Vendredi, le soir est tombé, avec l’appréhension du lendemain. Il ne s’est pas rasé de la semaine, préférant attendre le samedi matin. Comme pour que son visage s’illumine par des soins que d’autres s’appliquent à établir quotidiennement, lui, réserve ce « privilège » à des occasions propices à la mise en valeur de soi. Sorti de la salle de bain, il passa en revue les quelques habits qui pourraient convenir à une journée chaude et ensoleillée, tout en apposant les traits d’un charme que lui-même cherche encore à définir.
Cette fin de semaine ne s’annonce pas du tout comme les nombreuses précédentes, il va sortir, voir des personnes qu’il ne connaît pas, découvrir ou redécouvrir les joies de l’imprévu.

Il laissa derrière lui, les habitudes, les peurs, pour enfin se ruer vers ce qu’il espère devenir un nouveau souffle. Il va la voir… Elle…

Elle qu’il connaît depuis tant d’années, et qu’il ne va voir pourtant que pour la deuxième fois aujourd’hui. Le temps, presque aussi imposant que la distance et les évènements a quelque peu limiter leur champs de rencontre.

Neuf heures trente, arrivé au point de rendez-vous, il devine déjà qu’elle sera en retard, et comme à son habitude, il est en avance. La bonne action de la journée a été de prendre sur le chemin un auto-stoppeur, avec qui il discuta le temps d’attendre qu’elle se manifeste. Un homme d’une vingtaine d’années, bien bâti, posé sur sa vie, attendant un heureux événement dans les semaines à venir, bref, un des rare à se satisfaire de ce que la providence lui a offert, aussi simple soit-elle. C’est beau.

Dix heures et demie, un petit coup de téléphone annonce l’arrivée attendue de ce petit bout de femme, si bien dans ses pompes, respirant la bonté et la joie de vivre. Elle arriva, accompagnée de son frère, dans leur jolie voiture blanche. Lui, était assis sur le bord d’un plot de béton, perdu dans ses rêves.

Deux minutes et trois sourires plus tard, les voilà embarquer dans les rues menant au marché, première étape de cette longue journée; qui mena dans un premier temps trois êtres qui ne se connaissaient pas plus que ce que les uns avaient entendu des autres ; vers des dialogues, empreintes de respect et de découverte. Le premier contact avec son frère se fit d’un naturel à toute épreuve, les rires et les petites vannes fusèrent tandis que la matinée passa sans accrocs, mise à part des petits chahuts qui lui rappelèrent qu’il était encore trop jeune pour continuer à s’enfermer sur lui même.

Le tour des stands fini, ils décidèrent de prendre le train pour passer l’après-midi à chiner sur Paris des chaussures et quelques vêtements… Il n’avait pas l’habitude, il accepta de découvrir… Les joies de peu de choses.
Retour au point de rendez-vous, embarquement dans sa vieille voiture bordeaux, il avait presque honte… Direction chez elle, afin de boire ce qui aurait dû être un dernier verre. Elle avait prévu une petite soirée avec plusieurs de ses amis afin de fêter dignement les dix-neuf ans de l’une d’entre eux.
Une poignée de copains arrivèrent donc au moment où l’ au-revoir s’imposait. De fil en aiguille, ils discutèrent tous ensemble pour se découvrir des points communs et finalement s’appréciés. Ils l’invitèrent donc généreusement à se joindre à eux pour passer ne serait-ce qu’une partie de la soirée.

Après réflexion, il accepta… Ils étaient tous sympathiques et l’imprévu avait pour une fois le goût acidulé du renouveau.

Arrivés à l’adresse de l’amie où la petite soirée devait se dérouler, encore d’autres poignées de mains, d’autres regards et petits mots de salutations s’échangent, avec ceux pour qui il fut une surprise. Les heures passent, un petit barbecue, repas prit sur la terrasse, autour d’une table, entouré par les fous rires, il se sent étranger à toute cette joie. Il est perdu dans ses pensées, mais partage un maximum de bonne humeur possible. Ces personnes font preuves de tellement d’amabilité et de gentillesse qu’il est mal à l’aise de n’être pas dans l’aura d’allégresse entourant manifestement la troupe d’amis. Il s’isole régulièrement le temps de rassembler ses idées, de songer à quoi dire ou répondre aux questions qu’il attend ou qu’il voudrait lui poser.

Le petit repas terminé, il pensa dire au-revoir à tout le monde pour s’éclipser et laisser l’assemblée profitée du reste de la nuit dans la complicité. Une réaction et un petit sourire plus tard, il est finalement resté pour la soirée et la nuit.

La fin de la fête s’alterna entre les petits tours à l’extérieur et les retours dans le salon, où la musique battait son plein. Dans un fauteuil trop usé par le temps, il se posa, les yeux levés vers le plafond. Un papillon de nuit entra par la fente de la porte-fenêtre, restée entre ouverte. Il n’était pas très beau, ni bleu, ni gris, volant simplement avec grâce limpide, pendant une dizaine de secondes. Un sourire s’échappa de son visage qui semble si dur à tant de gens. Il sortit de la maison pour respirer calmement, scrutant autour de lui, il cherchait de quoi s’asseoir, en vain. Le trottoir sembla propre, dans une nuit relative et décidé par l’influence de la fatigue, il s’allongea sur le sol, les yeux rivés sur le ciel légèrement coloré par la pollution et peuplés par les quelques étoiles qui ne s’avèrent pas être des avions.

Au moment de se lever, le papillon repassa au-dessus du réverbère situé à l’angle du portail d’entrée.

L’heure de se coucher pointe et tout le monde se serrent dans les bras, se promettant de bientôt se revoir, avec un sentiment de trop peu, dû au temps qui est passé comme une flèche. Une bonne douche, un petit matelas et un bon compagnon de fin de soirée plus tard, il s’endormit avec le sourire aux lèvres.

Tout le petit peuple se réveille doucement, lui, se retrouve entouré d’un des deux chats et du petit chien blanc terriblement câlins et dont la maîtresse vadrouille entre la salle de bain et la cuisine, toujours hyper-active. Le petit déjeuner se prend « dans le gaz » de l’heure relativement matinale où ils se sont tous levés.

Une petite heure après, direction la gare la plus proche pour y déposer une jeune fille, qui doit rentrer chez elle par le premier train.

Au-revoir.

Le compagnon de sommeil se trouvait un peu embêter pour regagner aussi son chez-lui, qu’à cela ne tienne, ils remontèrent tout les trois en voiture, afin de le déposer juste a coté de l’immeuble où il réside.

Au-revoir.

De retour chez elle, ils passèrent le début d’après midi dans le canapé à regarder la télé, avant de se décider à bouger voir un film au cinéma, elle, son frère, et lui. L’heure du départ approchait, et il ne savait toujours pas comment s’y prendre pour lui communiquer son envie d’aller de l’avant, tout en lui faisant comprendre que ce n’était et ne deviendrait jamais de l’amitié. Toujours indécis, il n’a jamais été doué pour ce genre de choses. La séance passa vite, trop vite, il était bien à coté d’elle, alternant les petits regards discrets et la fixation de l’écran ne pensant pas réellement au film.

Sortis du complexe de salles obscures, ils rentrèrent sous un violent orage qui ne laissait que peu de visibilité, il accompagna les longues minutes de trajet, et n’avait pas l’air de vouloir céder au soleil le moindre centimètre carré de ciel gris.

Enfin, il est temps pour lui de partir, de la laisser, seule avec son sourire omniprésent. Il récupéra ses affaires, serra la main de son frère, le remerciant de l’accueil qu’il n’oublierait pas. Sur le pas de la porte la pluie battante faisait un boucan du tonnerre de Dieu. Elle voulue l’accompagnée jusqu’à la voiture, en se pourvoyant d’un ciré apparemment trop grand. Il refusa, préférant qu’elle reste au sec dans l’embrasure de l’entrée. Il lui fit la bise et se dirigea vêtu d’un simple Marcel et d’un pantalon de lin vers sa voiture, sous le déluge, mais toutefois sans se presser, perdu dans ses pensées. Assis au volant, il prit une inspiration et ressorti, allant droit vers la porte, derrière laquelle elle était encore occupée à enlever son manteau.

Il frappa, elle ouvrit. Une simple question, droit au but « Ca te dirait que l’on se revoit plus souvent quand tout se sera tasser un peu, tes occupations, les miennes… ? ».

Une simple réponse, droit au cœur « J’aime bien te voir de temps en temps, mais je n’ai pas envie d’aller plus loin. »

Il lui caressa le visage de la main droite et la porte se referma dans son dos. Il resta cinq bonnes minutes dans sa voiture, la tête dans le volant, avant de relever les yeux, de démarrer et de voir.

Le papillon coincé dans une des ouïe de ventilation, se débattant pour s’en libérer. Il ouvrit la fenêtre, et l’aida à s’envoler…


JUmo.

Fils d'un rêve.


Fils d’un rêve.



Nous voici en 1986, un 23 décembre, aux alentours des 16h20, un enfant vient de naître à l’hôpital Rothschild dans le 12e arrondissement de Paris. Un nouveau venu peuple cette partie de la planète, après un retard de quelques jours, où sa mère a dû lutter contre la douleur avec un acharnement mené par l’amour qu’elle porte au fruit de son union marital. Le petit Georges naquit en ce jour d’hiver, à l’approche de Noël. Son père posa les yeux sur ce que le temps mit de précieux entre ses mains. Il tint son fils, son seul enfant, à l’aube de ses 40 ans, comme un rêve devenu palpable dans ce monde d’artifices.

Georges fut élevé dans un univers sans excentricité, son père étant ouvrier dans l’usine qui se trouvait en bas de la tour qu’ils habitaient, au 3e étage, et sa mère secrétaire dans une société du nord de Paris, à la Défense. Pas de réelles privations, ils avaient un niveau de vie très correct, mangeant à leur faim tout les jours, l’appartement était confortable et le rythme de vie agréable. Georges commença par fréquenter l’école maternelle d’Artagnan, où il connu un ami qui vivait dans la même tour que lui, deux étages plus haut et chez qui il passait une grande partie de son temps libre à se chamailler et à rire. Il passa donc une bonne partie de son enfance à Paris, dans son quartier qui devait compter une dizaine de rue qu’il parcourait tout les jours. La maternelle, l’école primaire et le « square de la baleine » étaient situés dans une espèce de « bloc » qui marqua des heures de jeux, d’apprentissage, et surtout les années innocentes de son enfance.

Il n’aimait guère le sport en ce temps là, et la conjoncture des événements, comme les enlèvements d’enfants, liés entre autres à la pédophilie, donna lieu à des prises de décisions sérieuses de ses parents vis-à-vis de ses loisirs. Il se trouva donc confronter à l’amour que ses parents lui portait, même si pour cela il passait des journées entières dans un canapé à regarder la télévision et à s’empiffrer. Sans même le savoir son destin était lié à cette période de sa vie.

Les années passèrent, les conditions de travail évoluèrent dans le mauvais sens, les loyers augmentaient et les salaires ne suivaient pas cette tendance. C’est ainsi que dans sa huitième année, Georges changea d’adresse, d’école, et dit au-revoir à ses amis de Paris qui lui manqueraient à jamais. Il se retrouva à Créteil, non loin de la rue piétonne, à la limite de la vieille ville. Il fréquenta l’école primaire publique Victor Hugo, qui s’imposait d’elle même par la couleur de ses briques, de ses pierres, son grand hall carrelé de mosaïques et ses arbres que les yeux d’enfants rendent infiniment grands. Il n’aimait pas cette nouvelle page de sa vie, si ressemblante soit-elle à la première, il ne connaissait personne, et personne ne voulait le connaître. Il regardait toujours la télévision à longueur de temps, et l’école lui inspirait de moins en moins la joie du partage. Il s’enferma bientôt dans un monde, dans son monde, là où personne ne pourrait le déranger ni le décevoir. Il ne devint pas associable, ni renfermé, mais il avait ses idées et ses envies que personne ne comprendrait jamais.

Deux années passèrent et il se retrouva au collège, gué de l’existence d’un enfant, où on lui explique que dorénavant, c’est un vrai grand, comme à la maternelle, comme à l’école primaire. Mais ce nouvel environnement scolaire lui dévoila que les Hommes qu’il allait rencontré dans sa vie n’étaient et ne seraient pas tous aussi gentils et sociables que lui. C’est ainsi qu’un jeune enfant obèse et sans réel sens de la répartie, ne se montre plus sous son meilleur jour, mais affronte les ennemis de sa bienveillance les yeux dans les yeux, à l’aide de ses poings et de sa colère, en ce temps là infantile.

Un soir de novembre, il avait 10 ans, et un film culte changea sa vie, comme quoi même la télévision peut avoir un effet bénéfique sur la jeunesse. Ce film fait rire aujourd’hui par son scénario typiquement américain, où un homme seulement doté de son courage accomplit l’impossible. La star de cinéma Sylvester Stallone incarnant un boxeur dans « Rocky » changea littéralement les ambitions et les motivations de Georges, qui, depuis cet instant, où le générique eut finit de défiler sur l’écran, ne cessa de tanner son père matins et soirs afin d’avoir le droit de prendre des cours. Et le papa promit à son fils de retenir le projet si les notes du bulletin de Noël sortaient de l’ordinaire auquel ils étaient habitués avec sa femme. Il faut bien avouer que le coup de la carotte marcha plutôt bien. Georges se retrouva propulsé au rang de deuxième de la classe, chose si inhabituelle que son père fut partager entre le contentement de voir que son fils était capable, et le fait qu’il ne fournissait des efforts seulement dans un but précis. Finalement la joie l’emporta et ce grand môme qui mesurait presque 1m65 et pesait 80 kilos, fut inscrit au lendemain des vacances de Noël, marquant ses 11 ans, au club de boxe Française de l’USC, l’Union Sportive de Créteil.

Cet enfant dont la croissance n’était pas achevée, qui avait passé plus d’heures à accumuler les épisodes de dessins animés qu’à pouvoir jouer avec les gamins de l’école, se retrouvait à apprendre les rudiments d’un sport qui avait éveillé son esprit. Néanmoins les mois passèrent et les lacunes apparurent très vite. La boxe Française nécessite un bon contrôle de ses membres inférieurs, que ce soit pour les appuis, autrement dit la défense, ou l’attaque, à travers les différents mouvements de pivot entre le tronc et les jambes, jusqu’aux bouts des chevilles. La souplesse et l’aisance sur un ring sont primordiales, autant de qualités que Georges n’arrivaient pas à acquérir, du fait de son surpoids notoire, qui encombrait son souffle, ses articulations, et donc ses capacités à évoluer dans cette euphorie qui faisait que les petits Hommes en devenaient de grands, par la force que chacun possède, ou peut apprivoiser, la force physique. Il passait aussi le plus clair de son temps à s’entraîner contre des jeunes de deux à quatre ans plus âgés que lui, catégorie de poids oblige.
Des mois difficiles au bout desquels, le gamin atteignit le terme de sa douzième année d’existence, endurci par les heures de course à pieds imposées par son entraîneur, Carl Micken, un allemand de souche qui avait été un jeune champion, ralenti par la venue de ce que la majorité des Hommes appelle un heureux événement. Il passa donc une année à se prendre des coups plus qu’il n’arrivait à en donner.


Georges passa de tout au tout et son père l’inscrivit presque à contre cœur aux cours de boxe anglaise, car comme pour tout bon français moyen qui se respecte, l’anglais n’est pas apprécié, et ce dernier le lui rend bien.
Passer le cliché du conflit populairement « correct », il fallut un certain temps d’adaptation à notre jeune homme pour prendre de bons réflexes, et s’adapter aux bases de ce qui allait devenir le seul guide de sa vie, la boxe, descendante directe du pugilat.
Garder le poing gauche bien haut, prêt du visage au moment de balancer un « jab » ou un coup au corps, reprendre son souffle en alternant les esquives droite/gauche, en se mouvant, même lourdement, sur le ring, tel un ours blessé, épuisé mais continuant de lutter. Les footings organisés autour du lac de la base de loisir, les séances de tabassages du sac de frappes, à la limite de se rompre les doigts ou les poignets. Autant d’instants difficiles mais qui prenaient tout leur sens dans le partage des serviettes imbibées de sueur ou des vestiaires collectifs, d’où les rires se mêlaient aux cris de fatigue ou de douleur.

Il fut coupé dans son cursus scolaire et sportif par un événement de taille, ses parents décidèrent de déménager une nouvelle fois, mais beaucoup plus loin de Paris, mais aussi de Créteil, et par conséquent de ses amis du club. Il passa ce qui allait être sa dernière année dans la ville de Créteil à côtoyer le souvenir des premiers mois où il avait enfilé des gants. Il endura les coups, les assauts soudains et bruts de jeunes hommes taillés dans le muscle et l’agilité. En février 1999, il emménagea dans sa nouvelle maison, mais cette fois-ci une véritable, avec une pelouse qui semblait ne pas avoir de fin, une allée de pierres, et de grands arbres dénués de feuilles, majestueusement charismatiques.
Un nouveau rythme de vie, auquel tout homme prend vite goût, les nuits silencieuses, les gazouillis d’oiseaux se réveillant dès l’aube n’étant plus couvert par les moteurs d’automobiles ou de scooters. Autant de détails insignifiants, mais qui se dévoile au fur et à mesure que la tranquillité se montre au regard.

Georges tenta de rester dans l’univers de la boxe qui lui plaisait tant, mais les conditions avaient changées, de nouvelles dépenses, entre le crédit de la banque, les nouveaux impôts, la nouvelle école et finalement un tas de nouveaux soucis, il ne restait pas grand chose pour les loisirs. La boxe resta en suspend dans la vie du jeune homme, qui désormais était emprunte de bricolage journaliers, de réparations diverses, car la maison n’était pas neuve, il s’agissait d’une ancienne maisonnette de fermier, qui s’était vue juxtaposée d’autres pièces au fil des décennies. Le seul contact qu’il garda avec la boxe anglaise fut les courtes séances de sport au collège, durant les classes de 5e et de 4e, mais même si cela ne venait pas des professeurs ou des camarades, la boxe perdait de sa saveur, un sentiment d’abattement et de perte de temps l’envahissait à chaque « cours ». Manque de matériel, combiné à cet aspect négatif que les gens portent souvent à ce sport et un réel défaut de motivation des compères le mena à une baisse de courage et de patience. Il recommença naturellement à s’ennuyer de sa vie, jusqu’à son passage du collège au lycée.

Un caractère forgé dans l’acier qu’était devenu son esprit, Georges, à quatorze ans, atteignit les 1m80 et les 110 kilos à la balance. Les deux dernières années n’avaient pas été le fruit de la dépense physique, mais plutôt des moments de partage avec son père, qui lui apprit beaucoup de ce que pouvait être la vie des Hommes de petites fortunes. A son âge, il avait des notions de plomberie, de maçonnerie, d’électricité, de jardinage et de bricolage dans leurs généralités. Mais surtout il avait depuis longtemps acquis les principes de la mécanique, les mains noires de crasses sortis des vieux moteurs ronflants de sagesse.

Il passa sans réels problèmes dans la classe de seconde professionnelle qu’il avait choisi, même si à la surprise générale, surtout la sienne, il avait réussi à décrocher son diplôme du brevet des collèges. Il quitta le peu de connaissances qu’il avait de l’établissement d’enseignement secondaire, pour connaître de nouvelles têtes, de nouveaux défis, et surtout de nouveaux adversaires. Puisque comme il le savait depuis longtemps maintenant, la gentillesse et la discussion n’ont pas souvent de débouchés sur l’esprit des Hommes inspirés par l’hâblerie et la méchanceté. Il fallut donner du poing et de la rage pour instaurer cette tranquillité méritée, ainsi que le respect que chaque Homme réclame et qui ne vient malheureusement que peu souvent. Surtout lorsque le regard des autres jugeait que son obésité le rendait impotent, alors qu’il en était tout autrement, même si un certain handicap altérait il est vrai, ses capacités. Pour lui n’importait pas les coups reçus, les bleus au visage ou sur le corps, mais simplement ce sentiment de respect qu’il devait inspiré aux autres, comme pour montrer que ses aptitudes étaient loin de ce qu’elles laissaient paraître.

C’est donc par l’intermédiaire d’une brutalité notoire qu’il laissait la trace d’un jeune homme aux tendances décadentes, mais il ne devint pas fou, bien au contraire. Il réussit à s’inscrire aux cours de l’association sportive de son lycée. Tout les mercredi après-midi, pendant trois heures, il renouait avec les gants qui finissaient par ne faire plus qu’un avec ses mains, un casque qui l’encombrait plus qu’il ne le protégeait, et l’odeur de la sueur.

Paradoxalement à ces événement, il avait commencé à fumer la cigarette à la fin de sa onzième année, prit entre les abrutis qu’il tendait à imiter et cette foule de gens qu’il avait pu croiser et qu’il voyait la clope au bec. Cela n’avait pas l’air d’avoir une incidence quelconque sur leur vie, et pour lui, un môme, cela ne semblait pas être plus qu’un artifice, comme une jolie paire de chaussures ou un beau pull-over. Et puis même après avoir assisté aux séances de préventions de l’éducation nationale, il ne s’est pas vraiment rendu compte de l’avenir de ce vice. A l’aube de ses 17 ans il avait donc développé une force relativement au-dessus de la moyenne, mais aussi atteint le poids de 125 kilos, sans réellement s’être vu devenir ce qu’il regarda un matin, à 6h30 en se levant, comme le défi de sa vie. C’est de ce jour qu’il décida que sa volonté le démarquera à jamais de tout les autres Hommes. Et le véritable déclic ne fut pas son reflet, ou le dégoût qu’il lui inspira, mais l’envie d’enfin ressembler à une image que son ego respectera. Influencer non pas par la société et le dépit qu’elle inspire, mais vraiment pour que ce qu’il demande à son corps puissent ne plus jamais être refoulé. Courir, respirer, bouger, sans douleurs ou excès de fatigue, mais aussi s’habiller autrement, ne plus regarder les vêtements qui plaisent mais ne sont jamais disponible à la taille recherchée. Stopper les petites déceptions de la vie pour les remplacer par une grande et humble fierté.

Il engagea donc un processus, une sorte de métamorphose physique qui allait aussi déteindre sur sa vision de l’avenir, entrecoupée de péripéties que tout les Hommes rencontrent, et que les « savants » cachent derrière les mots « expérience de la vie ». Pendant un peu plus d’une année, il adapta son régime alimentaire quotidien à trois repas par jour, désormais vide de petits écarts que les pensées réclament mais dont le corps n’a nul besoin. Pas de médecin, pas de comité de soutien, personne, juste lui, son assiette, sa tête et sa détermination. Il ne s’était pas contenté de ralentir et d ‘équilibrer son alimentation, les nombreuses semaines furent accompagnées d’une séance journalière de course à pieds, seul remède efficace et totalement gratuit, sans effets secondaire autres que la satisfaction et le dépassement de soit.
Il ne se pesa jamais durant cette période, il attendit simplement de pouvoir enfin s’habiller à sa guise, et un jour il monta enfin sur une balance, affiné mais néanmoins musculairement diminué, pour voir le nombre 80 s’afficher.

Le voici à l’approche de ses 18 ans, content de l’étape qui est derrière lui, et conscient de celles qui s’approchent.
Les études furent finalement achevées dans la douleur d’une passade sentimentale, une période de sa vie qui resta à jamais dans sa mémoire, et le guida pendant toute une année sur le chemin de l’effort, dans le sillage de la colère. Comme une cible à atteindre, que son œil pouvait entrevoir, mais que son cœur pleurait, il coura prêt d’une heure par jour, à s’en rompre les chevilles, et commença une activité qui devint une échappatoire, une soupape d’où s’échappaient ses pensées les plus morbides ; la musculation. De ses 18 à ses 19 ans, il resserra les liens qu’il avait avec ses principes et ses envies, en se détachant du monde qui l’entourait. Il offrait son corps aux souffrances de contractions musculaires intenses prêt de trois heures par jour, samedi et dimanche compris. Les semaines passaient et ne laissaient aucunes traces. Enfermé dans la prison que son esprit avait conçu, il créa une atmosphère pesante autour de lui, préférant de lui-même ne pas en faire pâtir ses amis, il les écarta de ses sauts d’humeur.
Certains se scarifient, d’autres se suicident tout bonnement. Lui, avait choisi de passer outre la douleur et la souffrance du cœur. La tristesse et l’amertume au service de la détresse. Ces émotions, il en usa comme des outils, et tel le couturier qui met en forme de simples morceaux de tissus, il emprunta les aiguilles du temps afin de suturer les maux de son présent.

Âpre fut l’année qui s’écoula, et sans réellement s’en apercevoir, il réussi à sortir de la grotte obscure dans laquelle ses idées fustigeaient, pour enfin affirmer ce qu’il était devenu et ce qu’il songeait rester. L’anniversaire de ses 19 ans était déjà derrière lui depuis quelques mois, et même en communicant un maximum de choses, ou d’impressions avec ceux qui l’écoutaient, inconnus ou connaissances, il sentait toujours cette marge qui sépare ceux qui ont souffert des autres. Non pas qu’il se soit senti seul à avoir vécu des instants difficiles, mais plutôt qu’il eut l’impression d’être un des rares Hommes qui ne se soit pas contenter de vivre ces moments pour les raconter année après année, sans réellement comprendre que la faute n’est pas forcément issue de ceux qui nous entourent. Alors il parla mainte fois dans un vide de réflexion notoire, dans lequel il nageait seul, contre le courant de l’incompréhension et de l’égoïsme des Hommes d’aujourd’hui.

Il ne cessa pas de pratiquer ces séances de sport qui l’avaient tant aider à surmonter les pires épreuves qu’il lui eut été données de traverser. Toujours seul, il ne demandait cependant plus à ce que le Monde le laisse parcourir son temps, mais au contraire, il attendait quelque peu passivement, que devant lui se dessine un être qui lui communiquerait par un simple regard que dans la vie il n’était plus un insolite persuadé que rien n’est dû, sauf le respect.

Voici l’histoire courte d’une jeunesse d’Homme si simple d’esprit, qu’il ne comprenait pas la méchanceté et la vanité de l’Humanité à se placer au-dessus de principes et de morales qui font que les uns ne tuent pas les autres.

Le petit récit prend fin, mais le petit Homme continu son chemin, inaperçu des yeux du monde.


JUmo.