
Septième sens.
Un homme, tout habillé de noir, ni grand, ni petit, les cheveux d’un brun foncé, les yeux troublés de fatigue, se dirige au gré de ses pas mal assurés dans une galerie marchande proche de chez lui. Toutes les vitrines sont obscures, les rideaux de fer clos. Il est tôt, la journée ne fait que débuter, et aujourd’hui il ne travaille pas. Le sommeil difficile, il s’était levé au beau milieu de la nuit, et en surfant sur l’Internet il avait atterri sur des pages web assimilées à des concours d’écriture.
Il y en avait des gratuits, d’autres payants, mais aussi certains à thème imposé, ou alors libre. Il ne s’était intéressé qu’aux sujets justement, attiré par la perplexité qu’ils pouvaient lui inspirer. Parfois de simples mots sur lesquels il faudrait que l’auteur brode toute une histoire, parfois des phrases entières, exigeant un contexte à l’aspect difficile.
Un de ces concours ne l’attira pas plus que cela aux premiers abords, mais il fût tout de même intriguer par le thème, qui lui donna matière à réflexion, sans intentions d’y participer ses cellules grises s’entrechoquèrent afin de trouver une trame, un semblant de début d’histoire, comme si elles le poussaient à cogiter ses idées, partagées entre le souffle du thème proposé et son imagination.
Il trottina encore quelques minutes avant de prendre finalement un bus qui l’emmena dans un quartier qu’il affectionnait pour sa tranquillité matinale, et paradoxalement pour son activité qui se réveille progressivement tout au long des premières heures de la journée. Il regarda autour de lui, dans le bus, quand il en descendit, il observait toujours son environnement, le regard attentif sur de petits ou de grands détails.
Le thème du concours courait inlassablement dans son esprit, à travers deux mots, comme l’air d’une chanson apparu soudainement que l’on fredonne contre toute volonté, refrain que l’on affectionne souvent pas tellement, mais qui persiste malgré toute envie.
« Ile, îles », comment créé une œuvre originale sur ce thème, sans pour autant tomber dans le plagia manifeste d’un « Robinson Crusoé » ou d’un crash en avion, dans lequel un homme fera, seul, face aux délires de la nature sur un lopin de terre désert ? Il y a aussi l’option du rêve, de l’imaginaire optimiste, inséré ses désirs dans la description d’un petit paradis façonné à l’image de ses sentiments.
Le voici qui entre dans une brasserie, il s’assit, commande un café et observe le flux de passants, de voitures, dehors, dans la rue qu’il perçoit par delà la baie vitrée. Il voit des Hommes grands, petits, maigres, énormes, à la peau noire, brune, blanche, et il les dévisage depuis sa chaise, inaperçu. Tous calqués sur ce chemin invisible, tracé sur le trottoir, comme si des flèches indiquaient la route à suivre sur le sol, ils ont, pour la plupart, les yeux rivés sur le goudron que foulent leurs pieds.
Une fourgonnette s’arrête brusquement sous son regard, détournant toute son attention sur le bruit strident du freinage, et sur la femme qui en sort en claquant la porte derrière elle. Une autre auto stoppe à la suite de la première, cette fois un homme en sort en criant sur la femme, qui manifestement l’attendait. Tout deux s’insultent d’un flot de mots quelquefois incompréhensibles, et lui, il boit son café en s’imaginant la scène qui avait dû se produire quelques minutes avant l’altercation en cours. Sûrement une priorité non cédée ou un acte de conduite similairement dangereux, ou peut-être même un accident à proprement parler.
Il se penche en restant assis, et constate que le feu arrière gauche de la camionnette est brisé ainsi qu’un peu de tôle légèrement enfoncée. La voiture a légèrement plus souffert du choc, un phare pend, une aile est complètement froissée, et le bouclier avant est détaché d’un coté, frottant à même la route.
Pendant quelques minutes, il les regarde donc passer de l’étape d’extériorisation de leur colère, à celle de la maîtrise de soit, en passant par de violents élans spontanés d’explications de la scène, chacun campant sur ses positions de bon conducteur. Il commanda un autre café, et détourna les yeux. Au delà de la porte, il vit un autre écoulement du temps, tout aussi paradoxal que son intérêt pour la tranquillité de l’aurore du quartier, et l’activité graduellement grandissante, le calme opposé à la foule.
Un autre homme et une autre femme ne criaient pas, ne faisaient pas de grands gestes, mais se considéraient avec grand respect, presque enlacés de leurs bras. Ils s’embrassèrent brièvement avant de se séparer, la femme prit le chemin fléché sur le goudron et l’homme la fixa peu de temps avant de s’en aller dans une direction différente.
Un sourire se glissa aux creux de ses joues, non pas surpris par ce qui par ce qui venait de se dérouler sous son regard, mais plutôt content de voir et d’espérer que pour chaque manifestation de la violence des Hommes, il existe aussi son contraire, l’illustration de l’humanité, en tant que qualificatif, par l’intermédiaire de ce genre de petits évènements, silencieux ou même inaperçus, mais néanmoins présents. Il but quelques gorgées, plongeant ses yeux dans le noir du liquide encore fumant, et il trouva enfin une idée qui collerait au thème, pouvant sûrement être développée par un volontaire, tout en émettant cette originalité recherchée par tout auteur comme un symbole d’identité littéraire.
Pourquoi ne pas confronter l’image de l’île, des îles, à celle de l’humeur changeante des Hommes ? Ou encore à leur conscience ? Car même si chaque personne réagit plus ou moins spontanément à une situation donnée, elle communique sans cesses avec son inconscient. Elle travaille à l’élaboration de projets, de la liste des tâches d’une journée, à l’envie générale, au désir de possession ou, plus explicitement, à la création d’un environnement où le corps et l’esprit peuvent se complaire.
Chaque Homme possèderait donc son île, sorte de monde créé à l’image des pensées de son propriétaire, et où lui seul peut totalement tout explorer, sans pour autant que cet univers soit clos. Ce serait une île sans autres limites que celles fixées par les principes ou les envies. Les lunatiques ( que nous sommes tous plus ou moins ) évolueraient tantôt dans un champs de coquelicots immergé par la chaleur d’un été vivace, tantôt dans les gris nuages d’un ciel d’automne, selon l’humeur.
Voilà un sujet intéressant à développer, mais il faudrait probablement plus que cette base pour décrire un raisonnement correct émanant de l’idée principale. Un amateur de philosophie s’en accommoderait. Un auteur capable de faire le discernement nécessaire à une écriture nette et bien illustrée par un vocabulaire aussi fourni que possible. D’un seul coup, il y pense, pourquoi l’auteur ne laisserait pas le lecteur songer à son île ? Mettre des bornes, tel un jeu de piste que l’esprit devrait suivre page après page, ligne après ligne, il n’y aurait rien de plaisant à se laisser guider par les envies, même bien écrites, d’une autre conscience que la sienne. Car pour cet homme assis sur une chaise, à boire un café dont la teinte vient de lui révéler de magnifiques pensées, chacun est philosophe, pour cet être, un Homme qualifié de philosophe n’est rien de plus qu’un esprit qui a prit le temps d’aplanir ses idées sur le papier, une sorte de penseur organisé.
Il parlera de tout cela à un ami, petit écrivain, attiré par l’écriture comme relaxante activité, qui ne suit ni tendance littéraire, ni désir obsessionnel de reconnaissance. Oui, lui saura créé un texte, aussi court sera-t-il, mais qui reflètera tout à fait le sujet et l’intrigue de ce qui vient de germer dans sa tête. Il lui confiera les petits détails, l’accident, l’embrassade et il le laissera faire passer par l’intermédiaire des mots ce message issu de la réflexion d’un Homme, appelant tout ses congénères à prendre le temps d’en faire autant. Il se leva, paya, et sortit souriant de sa matinée passée à réfléchir, satisfait de contribuer à l’expansion de son île.
JUmo. 2007
Un homme, tout habillé de noir, ni grand, ni petit, les cheveux d’un brun foncé, les yeux troublés de fatigue, se dirige au gré de ses pas mal assurés dans une galerie marchande proche de chez lui. Toutes les vitrines sont obscures, les rideaux de fer clos. Il est tôt, la journée ne fait que débuter, et aujourd’hui il ne travaille pas. Le sommeil difficile, il s’était levé au beau milieu de la nuit, et en surfant sur l’Internet il avait atterri sur des pages web assimilées à des concours d’écriture.
Il y en avait des gratuits, d’autres payants, mais aussi certains à thème imposé, ou alors libre. Il ne s’était intéressé qu’aux sujets justement, attiré par la perplexité qu’ils pouvaient lui inspirer. Parfois de simples mots sur lesquels il faudrait que l’auteur brode toute une histoire, parfois des phrases entières, exigeant un contexte à l’aspect difficile.
Un de ces concours ne l’attira pas plus que cela aux premiers abords, mais il fût tout de même intriguer par le thème, qui lui donna matière à réflexion, sans intentions d’y participer ses cellules grises s’entrechoquèrent afin de trouver une trame, un semblant de début d’histoire, comme si elles le poussaient à cogiter ses idées, partagées entre le souffle du thème proposé et son imagination.
Il trottina encore quelques minutes avant de prendre finalement un bus qui l’emmena dans un quartier qu’il affectionnait pour sa tranquillité matinale, et paradoxalement pour son activité qui se réveille progressivement tout au long des premières heures de la journée. Il regarda autour de lui, dans le bus, quand il en descendit, il observait toujours son environnement, le regard attentif sur de petits ou de grands détails.
Le thème du concours courait inlassablement dans son esprit, à travers deux mots, comme l’air d’une chanson apparu soudainement que l’on fredonne contre toute volonté, refrain que l’on affectionne souvent pas tellement, mais qui persiste malgré toute envie.
« Ile, îles », comment créé une œuvre originale sur ce thème, sans pour autant tomber dans le plagia manifeste d’un « Robinson Crusoé » ou d’un crash en avion, dans lequel un homme fera, seul, face aux délires de la nature sur un lopin de terre désert ? Il y a aussi l’option du rêve, de l’imaginaire optimiste, inséré ses désirs dans la description d’un petit paradis façonné à l’image de ses sentiments.
Le voici qui entre dans une brasserie, il s’assit, commande un café et observe le flux de passants, de voitures, dehors, dans la rue qu’il perçoit par delà la baie vitrée. Il voit des Hommes grands, petits, maigres, énormes, à la peau noire, brune, blanche, et il les dévisage depuis sa chaise, inaperçu. Tous calqués sur ce chemin invisible, tracé sur le trottoir, comme si des flèches indiquaient la route à suivre sur le sol, ils ont, pour la plupart, les yeux rivés sur le goudron que foulent leurs pieds.
Une fourgonnette s’arrête brusquement sous son regard, détournant toute son attention sur le bruit strident du freinage, et sur la femme qui en sort en claquant la porte derrière elle. Une autre auto stoppe à la suite de la première, cette fois un homme en sort en criant sur la femme, qui manifestement l’attendait. Tout deux s’insultent d’un flot de mots quelquefois incompréhensibles, et lui, il boit son café en s’imaginant la scène qui avait dû se produire quelques minutes avant l’altercation en cours. Sûrement une priorité non cédée ou un acte de conduite similairement dangereux, ou peut-être même un accident à proprement parler.
Il se penche en restant assis, et constate que le feu arrière gauche de la camionnette est brisé ainsi qu’un peu de tôle légèrement enfoncée. La voiture a légèrement plus souffert du choc, un phare pend, une aile est complètement froissée, et le bouclier avant est détaché d’un coté, frottant à même la route.
Pendant quelques minutes, il les regarde donc passer de l’étape d’extériorisation de leur colère, à celle de la maîtrise de soit, en passant par de violents élans spontanés d’explications de la scène, chacun campant sur ses positions de bon conducteur. Il commanda un autre café, et détourna les yeux. Au delà de la porte, il vit un autre écoulement du temps, tout aussi paradoxal que son intérêt pour la tranquillité de l’aurore du quartier, et l’activité graduellement grandissante, le calme opposé à la foule.
Un autre homme et une autre femme ne criaient pas, ne faisaient pas de grands gestes, mais se considéraient avec grand respect, presque enlacés de leurs bras. Ils s’embrassèrent brièvement avant de se séparer, la femme prit le chemin fléché sur le goudron et l’homme la fixa peu de temps avant de s’en aller dans une direction différente.
Un sourire se glissa aux creux de ses joues, non pas surpris par ce qui par ce qui venait de se dérouler sous son regard, mais plutôt content de voir et d’espérer que pour chaque manifestation de la violence des Hommes, il existe aussi son contraire, l’illustration de l’humanité, en tant que qualificatif, par l’intermédiaire de ce genre de petits évènements, silencieux ou même inaperçus, mais néanmoins présents. Il but quelques gorgées, plongeant ses yeux dans le noir du liquide encore fumant, et il trouva enfin une idée qui collerait au thème, pouvant sûrement être développée par un volontaire, tout en émettant cette originalité recherchée par tout auteur comme un symbole d’identité littéraire.
Pourquoi ne pas confronter l’image de l’île, des îles, à celle de l’humeur changeante des Hommes ? Ou encore à leur conscience ? Car même si chaque personne réagit plus ou moins spontanément à une situation donnée, elle communique sans cesses avec son inconscient. Elle travaille à l’élaboration de projets, de la liste des tâches d’une journée, à l’envie générale, au désir de possession ou, plus explicitement, à la création d’un environnement où le corps et l’esprit peuvent se complaire.
Chaque Homme possèderait donc son île, sorte de monde créé à l’image des pensées de son propriétaire, et où lui seul peut totalement tout explorer, sans pour autant que cet univers soit clos. Ce serait une île sans autres limites que celles fixées par les principes ou les envies. Les lunatiques ( que nous sommes tous plus ou moins ) évolueraient tantôt dans un champs de coquelicots immergé par la chaleur d’un été vivace, tantôt dans les gris nuages d’un ciel d’automne, selon l’humeur.
Voilà un sujet intéressant à développer, mais il faudrait probablement plus que cette base pour décrire un raisonnement correct émanant de l’idée principale. Un amateur de philosophie s’en accommoderait. Un auteur capable de faire le discernement nécessaire à une écriture nette et bien illustrée par un vocabulaire aussi fourni que possible. D’un seul coup, il y pense, pourquoi l’auteur ne laisserait pas le lecteur songer à son île ? Mettre des bornes, tel un jeu de piste que l’esprit devrait suivre page après page, ligne après ligne, il n’y aurait rien de plaisant à se laisser guider par les envies, même bien écrites, d’une autre conscience que la sienne. Car pour cet homme assis sur une chaise, à boire un café dont la teinte vient de lui révéler de magnifiques pensées, chacun est philosophe, pour cet être, un Homme qualifié de philosophe n’est rien de plus qu’un esprit qui a prit le temps d’aplanir ses idées sur le papier, une sorte de penseur organisé.
Il parlera de tout cela à un ami, petit écrivain, attiré par l’écriture comme relaxante activité, qui ne suit ni tendance littéraire, ni désir obsessionnel de reconnaissance. Oui, lui saura créé un texte, aussi court sera-t-il, mais qui reflètera tout à fait le sujet et l’intrigue de ce qui vient de germer dans sa tête. Il lui confiera les petits détails, l’accident, l’embrassade et il le laissera faire passer par l’intermédiaire des mots ce message issu de la réflexion d’un Homme, appelant tout ses congénères à prendre le temps d’en faire autant. Il se leva, paya, et sortit souriant de sa matinée passée à réfléchir, satisfait de contribuer à l’expansion de son île.
JUmo. 2007

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire